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Quand ça vous déchire
Valparaiso
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Don DELILLO auteur
Thierry de PERETTI Metteur en scène
Texte : Théâtre : Valparaiso de Don DeLillo.
Une femme pédale sur un vélo d'appartement en regardant dans le vide. Sur un écran vidéo, on voit un homme qui étouffe, la tête dans un sac en plastique. Ce n'est pas une entrée en matière, c'est une agression, un attentat imagé et sonore. Quelque chose de pas normal. Intense, violent, morbide. La fureur d'un climat. La primauté d'un accident. L'attrait d'un cauchemar.
Ça veut dire quoi ? Il n'y a rien avant, il n'y a rien après. De l'homme, du personnage, de la situation, des repères qui sont les nôtres au théâtre, ne subsiste qu'une sorte de motricité éperdue. Des corps qui résistent aux sévices (la technologie, les médias) et qui en meurent, « live », sous nos yeux effarés.
Thierry de Peretti a ce talent-là : il invente des charmes qu'on subit malgré soi ; il nous égare, il nous engouffre. C'est si rare de pouvoir dire : voilà un metteur en scène.
Dès la première scène, on est sollicité autrement, comme dans un roman d'Edgar Poe ou devant une toile d'Edvard Munch. Ça hurle, ça se propage, ça déborde. C'est lyrique : quelqu'un chante, le micro est déréglé, ça fait un peu mal. Quelqu'un a voulu donner une forme, c'est-à-dire une beauté, à la peur, à ce qu'il y a d'insupportable dans la peur.
Comme Thomas Pynchon, James Ellroy ou Bret Easton EIlis, Don DeLillo parle de l'Amérique autrement. Le résultat ? Une pièce obscure et magnifique. Une partition qui exige des comédiens l'abandon des conforts et des certitudes que procure le métier. Du métier, il en faut mais c'est sur les cendres de leur art qu'ils doivent danser, comme sur un bûcher. Mille bravos à Thibault de Montalembert, Léna Breban, Jeanne Casilas, Eric Caruso, Edouard Montoute, Stéphanie Braunschweig, Christophe Veillon et Ludovic Virot, tous superbes.
C'est beau, c'est neuf. Il est temps de lire, en France, cet auteur méconnu. Et qui dérange.
La critique de Frédéric Ferney.
Source Externe : Le Figaro juin 2002
Inséré le : 12/09/2002 00:00