Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
"Don DeLillo avait déjà dénoncé tout ça..."
Valparaiso
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Don DELILLO auteur
Thierry de PERETTI auteur
Texte : La schizophrénie du monde moderne, la folie d'une Amérique en proie à la tyrannie des images et perdant le contact avec la réalité... Ainsi en est-il de sa pièce, « Valparaiso », que monte Thierry de Perretti.
Et nous irons à Valparaiso... » Comment une inoffensive chanson de marins peut prendre sous son air anodin une allure des plus grinçantes. Dans « Valparaiso », pièce opaque et intrigante, le romancier américain Don DeLillo sonde la schizophrénie d'un monde dominé par l'image. Plus rien n'y est vécu directement. Le réel a disparu. Seul existe ce que l'on a reconstitué, à la façon d'un « reality show ». Magnétophones, caméras, appareils photos occupent le terrain, dominent les relations... C'est Thierry de Peretti, jeune metteur en scène de 30 ans, qui a choisi de créer pour la première fois en France ce texte peu commun. « Je considère Don DeLillo comme un des plus grands romanciers vivants, explique-t-il. Quand j'ai appris que cette pièce allait être traduite en français, je me suis précipité pour la monter. Dans la lignée de William Gaddis, Thomas Pynchon ou William Burroughs, il construit des univers complexes où se lit la folie inquiétante du monde contemporain. »
Au centre de la pièce, un dénommé Michael Majeski. Des journalistes le filment et l'interrogent à tout bout de champ. Ils l'accablent de questions. Rien ne doit leur échapper. « On filme tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait. Pas de séparation, une seule surface », dit l'un d'eux. Au début de la pièce, on découvre Livia Majeski, son épouse, pédalant sur un vélo d'appartement, le nez collé contre un immense écran vidéo. Des images de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy défilent sur l'écran. Puis c'est un homme, la tête recouverte d'un sac en plastique. La pièce se présente comme la tentative de reconstitution d'un événement. Il s'est passé quelque chose. Mais quoi ? Ce n'est pas clair. Au départ, Michael Majeski devait se rendre pour affaires à Valparaiso, dans l'Indiana. Il atterrit finalement à...Valparaiso, au Chili. Mais toute cette histoire assez folle ne semble qu'une affabulation de plus. Un élément parmi d'autres, au milieu du chaos. Dans l'avion, Michael a eu le sentiment qu'un étranger s'était « infiltré, comme subrepticement pour manger mon plateau-repas ». Les personnages semblent ainsi des entités molles, aux contours mal définis. Prêts à endosser des rôles qui leur seraient imposés de l'extérieur. « Quand on examine de près les dialogues, on a le sentiment que tout est relié de cerveau à cerveau. Il y a en même temps une très grande acuité physique et mentale des personnages », analyse Thierry de Peretti. Serrant le texte de très près, il réussit à créer dans sa mise en scène cette perpétuelle sensation de décalage d'une réalité aliénée par des dispositifs qui la font basculer dans le virtuel. « II y a un an, j'ai passé quelques mois à New York. J'y ai éprouvé cette impression d'un monde à côté de la plaque, où tout serait plongé dans le virtuel. Quelque chose d'englué, que j'avais déjà ressenti à la lecture des romans de Don DeLillo, « Americana, Libra ou Body Art ». La semaine dernière, j'étais de nouveau là-bas. En allant sur l'emplacement des : « Twin Towers », j'y ai trouvé un espace transformé en attraction pour touristes !
D'avance, Don DeLillo avait dénoncé tout ça. Même s'il ne se considère pas comme un écrivain prophétique. »
D'abord comédien, Thierry de Peretti, dont la compagnie est basée à Ajaccio en Corse, a fait ses premiers pas dans la direction d'acteurs avec « Quai Ouest » de Bernard-Marie Koltès. « Je suis passé à la mise en scène de façon accidentelle, raconte-t-il. Cela ne m'attirait pas vraiment, au début. Et puis en voyant « Jusqu'au bout du monde » de Wim Wenders au cinéma, j'ai eu envie d'essayer. J'avais découvert le théâtre au lycée, à Ajaccio, avec une prof extraordinaire. On travaillait sur Michaux, Genet, Koltès, Mishima... Elle nous parlait de Patrice Chéreau, de Bob Wilson, du théâtre comme lieu de liberté, de transgression. Des choses folles, le contraire de l'école. Cela m'a ouvert l'esprit. Aujourd'hui, je pense que le théâtre est un espace de création beaucoup plus inventif que le cinéma. »
Hugues Le Tanneur.
Source Externe : Aden Juin 2002
Inséré le : 11/09/2002 00:00