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Nouvelle Byzance. Les Inrockuptibles mardi 19 février 2008.
Nouvelle Byzance
En écho à la tragédie de la guerre en Yougoslavie, un music-hall de l'incommunicabilité. Entre espoir de renouveau et rappel des cicatrices héritées du passé.
Suspendus sur le fond d'un ciel sans nuages, des cabochons lumineux figurent a minima ces poignées d'étoiles esseulées qui ornent la nuit des cabarets. Vaste et vide comme une salle de bal déserte, le plateau se décline, d'une avant-scène à une estrade, dans les couleurs changeantes d'une mosaïque de dalles où l'orange et le vert bouteille se mêlent. Installation aux échos lynchéens, le petit music-hall de Mladen Materic joue les boîtes à malice, cadre dans les glissements de ses rideaux multiples les rencontres d'une série de couples solitaires. Ici, pas une parole n'est échangée et, à travers l'âpreté de la gestuelle, seul le langage du corps exprime le champ de l'incommunicabilité entre les êtres.
En 1992, avec son splendide Jour de fête, Mladen Materic témoignait, sur ce même plateau, d'un sanglant chaos ayant abouti à la partition de la Yougoslavie, de cette guerre civile qui avait semé le poison de la discorde
au cœur même des familles, et avait rompu jusqu'aux liens du sang les plus intimes.
Seize ans plus tard, loin des fantasmagories de ce carnaval poignant qui en appelait à la mythologie chimérique de personnages à têtes d'animaux, cette Nouvelle Byzance fait figure d'épure stylistique. Le temps a fait son œuvre, les plaies se sont refermées. Mais, poursuivant son travail de conciliation, Materic rappelle aux amnésiques que certaines cicatrices ne s'effacent jamais. Affublant ses protagonistes d'accessoires hétéroclites, les voici portant, encore aujourd'hui, les stigmates d'une violence qui fut celle des drames du passé. Ici, c'est un couteau planté dans le dos d'une jeune femme, là des tiges d'acier dont certains sont traversés. Notant aussi les signes d'une renaissance, il procède parfois à l'ajout d'un petit arbre poussant dans la paume d'une main; à celui d'un croissant de lune posé au-dessus d'une épaule; ou à cet autre encore, perçant la veste du costume d'un homme d'un robinet d'où coule de l'eau pure. La chronique douce et amère des débats d'une Nouvelle Byzance racontée par ceux qui, désormais, ne peuvent plus prétendre être des anges. L'aveu d'un paradis d'innocence à jamais perdu. P. S.
Source Texte : Les Inrockuptibles mardi 19 février 2008.
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Mladen MATERIC (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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