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Rencontre avec Thierry de Peretti.
« Je suis là par hasard. » Il dit cela le plus naturellement du monde. En prononçant ces mots, Thierry de Peretti s'est peut-être souvenu de Kafka, dont il interprétait au Théâtre de la Bastille, il y a de ça un an, la Lettre au père dans une mise en scène de son ami Thibault de Montalembert. Se confronter à la littérature conduit parfois à prendre conscience de l'étrangeté de sa situation. « J'ai mis du temps à savoir que je voulais faire de la mise en scène », dit Thierry de Peretti. Et il y a dans ce constat une touche de méfiance, la peur de s'enfermer dans un rôle trop défini. Après avoir enchaîné plusieurs spectacles en tant que metteur en scène, Thierry de Peretti a traversé une période de doute. Est-ce que sa place n'était pas ailleurs qu'au théâtre ? Et voilà que, dans une librairie, il tombe sur un petit livre au long titre, Le Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet de Bernard-Marie Koltès. Lui-même avait monté Shakespeare et surtout à plusieurs reprises des pièces de Koltès dont Le Retour au désert présenté il y a quelques années au Théâtre de la Bastille. Aussitôt, quelque chose s'est dénoué. Sous ses yeux, il avait tout d'un coup les deux dramaturges réunis. Quelques heures plus tard, il avait fini de lire le livre et pris la décision de le créer à la scène. Un choix loin d'être innocent, car si Thierry de Peretti s'est intéressé à la mise en scène, c'est beaucoup grâce aux textes de Koltès, justement. « En vérité, mes référence sont plutôt du côté du cinéma et de la musique. Quai Ouest est le premier texte qui m'a donné envie d'entrer dans une oeuvre de théâtre. A partir de là, j'ai beaucoup appris en lisant Koltès. C'est lui aussi qui m'a poussé à lire des romanciers que j'ignorais comme Faulkner, London ou Conrad. Des auteurs qui, pour moi, sont des aventuriers ». Du coup, revenir à Koltès en choisissant ce texte, écrit en 1974 par un dramaturge en herbe encore incertain quant à son talent, est évidemment riche de sens pour de Peretti : « D'une manière générale, quand je travaille sur un spectacle, je ne me pose jamais la question de ce que je vais faire après. Quand, au tout début de mon parcours, j'ai monté Quai Ouest avec des amis acteurs, c'était avant tout pour essayer quelque chose, je ne savais pas vraiment quoi. J'ai toujours des envies, bien sûr, mais en fait, chaque fois que je travaille sur une mise en scène, je me dis que c'est la dernière et qu'après, j'arrête. Par exemple, Illuminations de Rimbaud, sur lesquelles j'avais travaillé il y a deux ans, c'était une façon pour moi de sortir du théâtre, de passer à autre chose. »
Aussi c'est un peu comme si, tel un fantôme shakespearien, Koltès revenait toujours le saisir par le col de son manteau pour le ramener sur la voie du théâtre. Thierry de Peretti, trop jeune, n'a pas connu personnellement le dramaturge. A peine débarquait-il à Paris venu de sa Corse natale qu'il apprenait la mort de l'écrivain qui allait jouer un rôle si important dans son parcours théâtral. Se passionnant pour l'oeuvre, il ne tarde pas à s'intéresser aussi à l'homme. Aujourd'hui, quand il considère Le Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet, il se dit que c'est une pièce qui surgit d'outre-tombe. « Koltès ne souhaitait pas qu'elle soit publiée, ce qui explique son apparition tardive. C'est une pièce qui m'a d'abord beaucoup intrigué : elle est agitée par la question de la reprise, ce qui est une question contemporaine. Par certains côtés, j'ai l'impression que je fouille un peu les poubelles ; il y a quelque chose qui est de l'ordre du sacrilège et j'aime bien ça. Alors on se demande si on a le droit de monter ça. Et, évidemment, je pense que oui, et l'oeuvre appartient à la période du Koltès qui se trouve, comme on dit « trouver sa voie ». Car on sent bien que l'auteur est déjà entièrement là. Et cela devient très excitant. En lisant la pièce, assez vite on oublie Shakespeare, on est bien chez Koltès. Détail important, il n'a pas travaillé à partir de l'original anglais, mais à partir de la traduction de Yves Bonnefoy. »
Comme tous les grands héros de la littérature, Hamlet est un personnage qui traverse le temps. Cette histoire d'un jeune homme méditatif et mélancolique qui, malgré — ou à cause de — sa lucidité, s'empêtre dans ses atermoiements sans se résoudre à passer à l'acte, résonne puissamment. Hamlet, pour Koltès, c'est d'abord une histoire de famille, comme l'explique Thierry de Peretti : « On retrouve dans la pièce ces rapports familiaux qui sont si importants dans Le Retour au désert. C'est presque du vaudeville par moments. L'image de soi, la réputation, comme dans les petites villes, y sont un souci constant. Je crois que, de toutes ses pièces, c'est celle où j'ai perçu l'émotion la plus nette, la plus directe. L'intrigue se resserre autour des quatre seuls personnages que sont Gertrude, Claudius, Ophélie et Hamlet. Je crois que c'est la pièce où Koltès avance le moins masqué. Et puis les personnages ont quelque chose d'irréel, ils sont comme des avatars de célébrités, comme s'ils n'étaient pas tout à fait eux-mêmes. Cela les rend plus libres et plus burlesques, à mes yeux ! »
Source Texte : Théâtre de la Bastille
Genre : rencontre
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Bernard-Marie KOLTES (auteur), Thierry DE PERETTI (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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