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Sauve qui peut par... Hugues Le Tanneur
C'est avec cette même verve qu'ils abordent à présent sous le titre « .Sauve qui peut. pas mal comme titre » quelques-uns de ces Dramuscules qui constituent en quelque sorte la suite de leur aventure avec Thomas Bernhard. « L'auteur y va directement sans passer par quatre chemins dans ces textes. Il nous montre des gens bornés qui n'ont pas digéré leur passé fasciste », explique Damiaan De Schrijver à propos des personnages mis en scène dans ces mini scénarios. « Ou alors, s'ils l'ont digéré, c'est encore pire, parce qu'ils n'ont plus la moindre culpabilité. Ils pensent que c'était le bon temps », analyse à son tour Jolente De Keersmaeker. Alors, dans un décor minimal, mais qui en dit long, consistant en une bâche en toile assez grossière jetée négligemment sur un tas d'objets, ce qui se joue à un rythme volontairement ralenti, sans la moindre frénésie, mais au contraire en étirant le temps pour bien appuyer là où ça fait mal, c'est une série de tartufferies où le masque tombe parfois dès les premiers mots. Entre chaque scène, les comédiens interviennent à leur façon cocasse et décalée. Ils changent aussi beaucoup de costumes, contrairement à leurs habitudes. « C'est la première fois que nous avons autant de costumes différents. Ils sont très design, très recherchés et on en change tout le temps. C'est une sorte de cirque, de ronde ou de danse », remarque Jolente De Keersmaeker. Avec dans le texte un aspect musical très souligné comme l'observe Damiaan De Schrijver : « C'est une écriture répétitive, obsessionnelle, il y a un rythme très particulier. Donc on essaie de ralentir, de gagner du temps entre les scènes. On travaille beaucoup cette expérience du temps qui s'étire. Il y a une dimension importante dans ces textes qui est de l'ordre de la caricature. C'est quelque chose qui est très délicat à travailler car tout est très explicite dans ces petites scènes. »
C'est un peu comme si Bernhard s'ingéniait à faire ressortir tout ce qui est le plus souvent caché, sous entendu, mais en vérité il suffit un peu de tendre l'oreille et d'observer les scores de l'extrême droite en Europe ou même le succès des thématiques xénophobes dans les campagnes politiques pour comprendre que tout cela correspond bien à une réalité. « L'intolérance, la xénophobie, les réactions viscérales vis-à-vis des immigrés, cela se passe chez nous aujourd'hui tout le temps, dit Damiaan De Schrijver. Au fond, Thomas Bernhard ne fait rien d'autre que nous tendre un miroir cruel et nous assener des vérités que nous refusons d'entendre.»
Hugues Le Tanneur
Source Texte : Théâtre de la Bastille
Genre : chronique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Thomas BERNHARD (Metteur en scène), Tg STAN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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