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Recent experiences, le noir destin de quatre femmes solitaires. Le Monde Lundi 12 nov 2007.







Recent experiences, le noir destin de quatre femmes solitaires.

Une mise enscène de l'Iranien Amir Reza Koohestani à la Bastille.

Le jeune metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani avait ému l'assistance en 2005, au Théâtre de la Bastille, à Paris, avec Amid The Clouds puis Dance on Glasses. Il revient avec Recent Experiences dans le cadre du Festival d'automne. Cette fois, la pièce qu'il a adaptée et traduite en farsi n'est pas de lui mais des Canadiens Nadia Ross et Jacob Wren.

Quatre comédiennes en noir sur jeans et baskets, la tête enveloppée dans un foulard noir pour trois d'entre elles et blanc pour la dernière, se relaient pour raconter d'une voix douce l'histoire de quatre femmes depuis 1900 jusqu'à 2007 face à deux comédiens. Les hommes sont presque des faire-valoir tant l'intensité repose sur ces femmes et elles seules : leur solitude étant ce qui restera de plus fort, de plus tragique, de plus violent aussi.
La première, amoureuse, se prêtera à l'éloignement de son mari qui partira pour éprouver, dit-il, leur amour et ne reviendra jamais, la laissant seule avec deux filles jumelles. L'une sera assassinée peu de temps avant de se marier, l'autre épousera le fiancé désespéré. La fille qui restera de cette union aura à son tour une fille.
Sur chacune d'elles plane un stigmate, le grand-père était noir, une tâche noire subsiste dans la bouche de sa fille, noire naît la petite-fille. C'est cette chaîne de l'amour, du désespoir, de la mauvaise conduite des hommes qui va traverser le siècle, deux guerres mondiales, une pauvreté sans remède, une foi chrétienne qui se délite, un destin qui se fane à peine débuté.
Les acteurs assis avec le public viennent sur des bancs autour d'une grande table, s'éclipsent, reviennent, tandis que l'une des actrices égrène les années qui passent. Le jeu de la voix, des mains, des visages, corps immobiles, gommés, est éminemment prenant même si l'attention du spectateur français est constamment détournée par la nécessité de lire les surtitrages.
Chaque caractère de femme prend forme grâce à une inflexion de la voix, un sourire, un froncement de sourcil, ce n'est rien, c'est étrange et d'autant plus déroutant que cette histoire occidentale est jouée par des femmes voilées aux visages magnifiquement éloquents.
Martine Silber




Source Texte : Le Monde Lundi 12 nov 2007.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Amir Reza KOOHESTANI (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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