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Compte rendu : la vie des morts. Mouvement oct 2007.







COMPTE RENDU
La vie des morts
La veillée, de Lars Norén, au Théâtre de la Bastille
Mélanie LERAY / Pierre MAILLET / Lars NOREN



Dans la continuité d'Automne et hiver, créé en 2004, Pierre Maillet, Mélanie Leray et le Théâtre des Lucioles approfondissent leur travail sur l'œuvre de Lars Norén. A La veillée, huis clos impitoyable mettant en scène deux frères réunis par la mort de leur mère et leurs épouses, présenté au Théâtre de la Bastille, ils insufflent une énergie un peu folle voire désespérée.


Tout commence par une scène vide de ses comédiens, un intérieur bourgeois spacieux, de ce chic un peu toc qui renvoie au vide, à l'impersonnel : grand canapé design, peau de vache au sol, table basse en verre. Le téléphone sonne en vain, personne ne décroche quand Charlotte et John, un couple de quadragénaires, entrent. Elle prend l'appel, tandis que lui reste plongé dans le noir, apparemment mélancolique. Il tient dans ses bras, serré, un grand sac plastique dans lequel, on le devine, se trouve l'urne funéraire de sa mère, décédée. Ils reviennent de son enterrement (d'où le titre tronqué de la pièce : La veillée – comprendre : « funèbre »). Ils restent sans voix un temps, se cherchent, s'occupent : elle prend des poses pour lui. Sur un air de requiem, alors qu'il projette sur le mur des images de Christ en croix, il lui ordonne de s'y plaquer, de lever les bras, il la crucifie littéralement. Elle se prête au « jeu », enthousiaste : annonce de son calvaire à venir... Tous deux attendent la venue du frère de John, Allan, et de sa femme. On comprend bien vite qu'entre tous ces personnages-là, ce ne peut être le grand amour. Et dès ce moment, tout est lancé : le malaise d'abord, les silences chargés de sens, lourds à soutenir, puis la haine, jusqu'au mépris. Chacun ses névroses, chacun ses rancœurs, les échanges sont d'une violence sourde, rentrée, et l'alcool et la nuit aidant, les langues se délient, les corps s'échauffent. Le temps s'arrête, se tend et se suspend. Le texte, bien plus long en réalité, a subi des coupes franches. Tout y est pensé selon rythme cinématographique : des fondus au noir découpent en trois parties une pièce elle-même rythmée par la fameuse chanson de Jeanette Porque te vas, avec un fil d'Ariane étonnant : le feuilleton Dallas. Celui-ci est utilisé jusqu'à l'épuisement : le générique, les images en fond visuel sur le poste de télé qui captent les regards, les extraits sonores de J.R. Ewing insultant sa « traînée » de femme. Le texte est sans concession et condamne sans réhabiliter. Heureusement, il y a l'énergie de la troupe des Lucioles, une énergie un peu folle voire loufoque, désespérée. Les comédiens prennent visiblement un grand plaisir à jouer ce texte, un peu comme un Feydeau en bien plus noir, plus sordide, mais pour lequel il faut avoir la même appétence, le même goût pour la justesse de ton afin que le banal devienne tragique, que le trivial devienne théâtre.

Maïté Rivière



Source Texte : Mouvement oct 2007.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Lars Noren (auteur), Pierre MAILLET (Metteur en scène), Mélanie LERAY (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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