Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Comme une trilogie







Comme une trilogie

L'Enfant froid du couple Silke et Werner s'appelle Nina ; il meurt de froid sous le regard de ses parents qui attendent Johann au Polygam, un café à la mode. Ce couple inséparable se hait et bavasse sur l'activité sexuelle de leurs amis sans jamais donner signe de désir l'un pour l'autre. Dans ce même bar, il y a un père et une mère avec leurs deux filles, Tine et Léna. Venus de province, ils veulent savoir comment vit leur fille Léna qui fait des études d'égyptologie dans la grande ville. Incapable de comprendre les motivations de sa fille pour ses études, le père tente de la pistonner pour une place de comptable. Au comptoir, observant ce beau monde, Henning s'apprête à passer à l'acte, assouvissant ainsi son activité principale, l'exhibitionnisme.
De son côté, Johann avait rendez-vous avec Werner et Silke. Toutes les femmes lui rappellent Mélanie, mais il trouve toutes les femmes « à vomir », surtout depuis que cette dernière l'a quitté en refusant le mariage. Johann, à bout de nerf, finit par rencontrer Léna dans les toilettes pour dames et la sauve tel un héros des griffes de Henning en pleine activité. Bien qu'elle soit pleine de fantasmes de viol, il décide de l'épouser, par dépit peut-être, et devient l'ami des parents tant détestés. De son côté, la petite soeur Tine, livrée à elle-même, s'amourache de Henning l'exhibitionniste et tente de l'imposer à sa famille. Tout ce beau monde va
bientôt se retrouver au mariage de Johann et Léna. Le troisième round réunira les trois couples à l'enterrement grotesque du père mort lors d'un ultime voyage touristique à Singapour. Silke révélera au monde que son enfant Nina n'était peut-être qu'une poupée. Le père pour sa part réapparaîtra une dernière fois pour régler ses comptes avec les vivants. L'Enfant froid parle d'enfants voulant devenir adultes et de coupl es qui vont devenir parents. La pièce s'offre en prisme des différents stades allant de la dépendance filiale à l'aliénation maritale.
Marius von Mayenburg prend un joyeux plaisir à décrire ces héros de la vie de tous les jours qui passent par les différentes étapes pathologiques d'un schéma social : s'aimer, se marier, faire des enfants et mourir. Bref, l'histoire de cet héroïsme commun à beaucoup d'entre nous. Le mariage est ce chemin étrange qui va de l'amour à l'institution ; alors, à titre d'exemple, pourquoi des êtres complètement effrités comme Johann et Léna tentent-ils encore et toujours de se raccrocher à cette représentation ? Ici l'utopie sociale formulée par Charles Fourier qui entendait se servir des passions humaines, non pas contradictoires mais complémentaires, pour faire naître l'harmonie, en prend un coup pour le bien (et) ou le malheur de tous. Il faut dire que l'auteur n'amène jamais ses personnages dans la tragédie ; en général les préliminaires sont bannis et ils y sont déjà de plain-pied. Chez lui c'est une affirmation.
On pourrait aussi voir cela de la manière suivante : dans Visage de feu c'était une famille en décomposition, dans un seul et même espace, dans Parasites, ce sont ces mêmes enfants rescapés en perdition qui revivent dans deux espaces distincts et dans L'Enfant froid, ce sont ces mêmes adultes, à présent confrontés à leurs engagements et à la manière dont ils peuvent se dépêtrer de la vie et cela, dans plusieurs espaces « géodramatiques » déterritorialisés. Ici le « déterritorialisme » des esprits rime avec l'architecture mégalomaniaque des grandes villes. L'ailleurs est ici. Comme si l'esprit, à l'image des grandes artères périphériques, se bouchait et hésitait entre implosion et explosion. On marchande, on bouge, on monnaie, on en oublie le bonheur
et on oublie même d'être mort. Et c'est à ce moment-là qu'interviennent des mondes intérieurs, des doubles, comme des soupapes de sûreté, et qu'ils prennent le devant de la réalité, mais en restant bien parallèles comme pour éviter l'inévitable dans la vie : la confusion des genres.





Source Texte : Théâtre de la Bastille

Genre : parole
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Marius Von Mayenburg (auteur), Mikaël SERRE (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

A voir :