Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

L'enfant froid par Mikaël Serre







L'Enfant

Tout a débuté lors des représentations de ma première mise en scène, Visage de feu de Marius von Mayenburg, à Moscou dans le cadre du Festival de Théâtre Anton Tchekhov en juin 2003. J'avais alors commandé une traduction de L'Enfant froid à l'Institut Goethe de Moscou et organisé une lecture scénique avec les élèves de dernière année du Théâtre d'Art. Connaissant très bien le texte allemand (la traduction française n'existait pas encore) et grâce à mon expérience passée en Russie et en Ouzbékistan comme assistant à la mise en scène, j'étais familier de la langue et du travail avec les acteurs russes. Nous ne parlions pas la même langue, c'était une chance : L'Enfant froid ne parle pas notre langue, mais notre temps. La question qui revenait souvent chez les acteurs stanislavskiens lors des séances de lecture était : pourquoi ? Bien souvent je répondais : parce que. Lorsque l'on connaît la Russie au quotidien, bien des « pourquoi » restent sans réponse. et il est étrange de côtoyer cette tradition implacable dans le jeu maîtrisé de l'art d'un théâtre qui, au regard de la vie, semble être compensatoire.
Après Visage de feu et Parasites, c'est à L'Enfant froid mais aussi à l'auteur que j'ai décidé de confronter mon équipe une nouvelle fois.
Visage de feu est composé de quatre-vingt quatorze scènes courtes, Parasites de soixante, et L'Enfant froid de trois actes comprenant plusieurs scènes entrelacées en fondu enchaîné épileptique. L'auteur m'a confié avoir voulu écrire une comédie. C'est une évolution majeure chez lui. Une construction en trois actes, donc, comme
une comédie, mais intérieurement détériorés, à l'image d'un organisme en dysfonctionnement. Le troisième acte étant particulièrement révélateur de cette altération, puisqu'il contient dans sa solution plusieurs lieux, espace-temps et imaginaires qui se percutent. C'est une sorte de fable pour adultes ou pour enfants froids, c'est selon. Une fable donc ? C'est ainsi que je souhaite le porter sur scène et c'est avec cette conscience que la pièce se construira sous le regard des spectateurs. Pièce et spectateurs : un réel accompagné de son double en quelque sorte.
Macbeth : « La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien. »

Les préoccupations de Marius von Mayenburg ressemblent fort aux miennes. Nous grandissons ensemble et j'observe que les questions et humeurs sur le métier que nous faisons et plus largement sur la vie se cristallisent chez lui dans l'écriture et chez moi dans mes désirs de mise en scène. Ce lien tissé de la vie au spectaculaire, en quelque sorte, sa manière d'envisager le théâtre avec une acuité nouvelle me marquent à chaque nouvelle lecture.
L'Enfant froid ne fait pas de nos faiblesses et de nos vicissitudes un drame pathétique, profond, au déterminisme vaseux, mais un jeu excitant qui ne demande qu'à être reconstitué à chaque fois selon l'imaginaire et l'intime de chaque spectateur. La destinée tragique de chacun des ces huit personnages me touche et me trouble en premier lieu.

Cet arrangement de vies tronquées communique la passion du jeu et donne des provocations au théâtre, à la manière de mettre en scène, mais aussi de jouer. D'emblée, à la lecture, un défi entre nous mêmes et la manière d'envisager notre art est posé. Cette invitation est une composante déterminante pour se mettre au travail. L'Enfant froid est un magnifique creuset de vie. Les thèmes apparaissent et disparaissent, difficile de tout cerner, c'est comme un jeu de poupées russes ; une force incontestable pour développer l'imaginaire d'une
vie.

Mikaël Serre





Source Texte : THéâtre de la Bastille.

Genre : parole
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Marius Von Mayenburg (auteur), Mikaël SERRE (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

A voir :