Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

La conteuse aux pieds nus. Les Echos lundi 11 déc 2006.







La conteuse aux pieds nus.

Un moment de grâce, entre la beauté et l'effroi. Légère, Marie Vialle escalade les angles du décor, reçoit la pluie sur ses cheveux et du sang sur ses seins.

Longue brune charmeuse, Marie Vialle exerçait avec un succès discret sa profession de comédienne, quand elle s'éprit des contes de Pascal Quignard. Elle fit, en solo, un premier spectacle, miraculeux, d'après cet auteur, « Le Nom sur le bout de la langue ». Quignard, fort heureux de cet accord entre ses mots et l'actrice, écrivit de nouveaux textes pour elle. Cela donne « Triomphe du temps » que Marie Vialle joue et met en scène, n'étant plus, cette fois, seule en scène - elle a un partenaire, Lam Truong -, ni dans la nudité du plateau - elle utilise un décor géométrique que l'on peut percevoir comme un fragment de labyrinthe.
Poupées gigognes
Les contes de Quignard sont de tout temps et profondément d'aujourd'hui. On y parle d'objets modernes mais on voyage aussi dans l'Histoire et l'univers des contes de fées de notre enfance. La sexualité n'est plus déguisée et les terreurs y sont plus intimes. On y entend des choses étranges comme « les odeurs aussi sont des fantômes » ou « les poireaux aussi ont des visages ». Selon le principe des poupées gigognes, le personnage principal évoque le passé de sa famille en enchaînant trois contes : celui d'un amant parti qui revient auprès de sa compagne vieillie et l'aime follement, l'histoire de Racine et de son précepteur de latin, et la fable de la femme qui confia à un va-nu-pieds le cheval de la maison pour une mission dans l'au-delà...
Le spectacle allie la grâce et la monstruosité, la beauté et la sauvagerie. Légère, les pieds nus, Marie Vialle escalade les angles du décor, reçoit la pluie sur ses cheveux et du sang sur ses seins qu'elle dévoile. Elle est l'humanité émerveillée tandis que Lam Truong, par sa présence mystérieuse et l'apport de masques (têtes de chat, de cheval, d'oiseau), fait aller et venir les puissances des ténèbres. L'actrice s'accorde le plaisir d'une diction parfois enfantine et demeure d'une grâce infinie pour mieux brouiller les pistes de ce parcours édénique et infernal, d'un charme trompeur à rendre jaloux les dieux antiques.
GILLES COSTAZ




Source Texte : Les Echos lundi 11 déc 2006.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Pascal QUIGNARD (auteur), MARIE VIALLE (comédienne danseuse),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

A voir :