Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Caterina Sagna secoue la danse jusqu'au malaise. Ouest France mardi 24 Oct 2006.
Caterina Sagna secoue la danse jusqu'au malaise.
La Chorégraphe italienne ne conçoit pas son art comme un sanctuaire de la grâce et du beau. Elle traque le mouvement jusque sous ses formes les plus triviales.
Deux hommes attablés fument clope sur clope et s'enivrent à coups de digestifs. Basso ostinato, la nouvelle pièce de Caterina Sagna, s'ouvre dans une ambiance café du commerce avec rires gras et blagues salaces. « Basso ostinato est un terme musical désignant une ligne de basse répétitive, explique la chorégraphe qui vit à Venise, mais répète à Bruxelles avec ses danseurs. D'un point de vue poétique, c'est aussi porter de l'intérêt aux aspects les plus bas de la vie ». Les plus triviaux, carrément scato, comme cette confidence lourdingue de l'un des danseurs qui revient en boucle.
L'élégante Caterina Sagna n'est pas un ange à cheval sur les conventions et les canons de l'esthétique. Elle les bouscule, les foule aux pieds même, sans aucun état d'âme. « La danse ne se limite surtout pas à des gestes gracieux. Et d'abord, qui décide de ce qui est beau ou laid ? » Le corps d'un homme ivre qui titube, d'un homme qui digère, celui d'un mort est-ce de la danse ? Caterina Sagna y trouve forcément matière, elle qui traque les « scories de mouvements », fait boire ses personnages jusqu'à l'ivresse, jusqu'au malaise. « Ils vont jusqu'à vomir, confie-t-elle. La pièce elle-même s'abîme petit à petit. Il y a comme une saleté qui s'insinue partout. Le même phénomène de décomposition qui se produit dans l'estomac des danseurs. »
Les corps des trois danseurs (Alessandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella, rejoints par Antonio Montanilo) se cabrent, se cambrent. Parcourus de soubresauts, ils finissent parterre, à ramper, comme pris de convulsions. Un air de musique baroque vient adoucir la violence de la scène. Elle en devient superbe émouvante, d'une grâce folle. Car Caterina Sagna ne s'arrête pas à de basses considérations organique la Vénitienne est d'abord une danseuse (sept ans chez Carolyn Carlson), une chorégraphe reconnue sur la scène européenne, dont la mère et la sœur sont aussi de la partie. Austère, introvertie jusqu'en 2000, sa danse a basculé dans l'ironie, l'ouverture tous azimuts, Caterina Sagna n'hésitant pas à interpeller le public.
Avec Basso ostinato ; nouveau changement de ton : la chorégraphe se fait plus grave, imposant toujours du texte et un jeu de comédien à ses danseurs. "Un beau mouvement ne me suffit pas. J'ai besoin d'un discours. Si un malaise se dégage de la pièce, il correspond bien à l'état actuel du théâtre et de la société en général. "
Benoit Le Breton
Source Texte : Ouest France mardi 24 Oct 2006.
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Caterina SAGNA (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
A voir :