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Triomphe du temps. La Terrasse 30 nov 2006.







Triomphe du temps.
En compagnie du comédien Luam Truong, une présence animale enfantine, Marie Vialle fait vibrer de sa grâce lumineuse le Triomphe du temps.
Tout a commencé en 2003 avec Le Nom sur le bout de la langue, des contes de Pascal Quignard portés à la scène par Marie Vialle. Aujourd'hui, l'actrice qui est aussi une lectrice attentive récidive en interprétant quatre nouveaux contes, Le Triomphe du Temps, aux côtés de Lam Truong, comédien singulier qui fraie silencieusement avec l'onirisme. Quignard aime, par-delà une profonde culture antique et classique, se promener sur des chemins escarpés entre vie et mort, passé et avenir, la marque de fabrique de l'expérience humaine fugace, lourde de ses plaisirs et déplaisirs mêlés, dont la force inspiratrice et incontrôlable de l'amour. En guise de prologue, l'évocation de la mère du narrateur, qui n'a osé toucher son fils qu'une fois octogénaire, une silhouette courbée qu'il aide dans sa promenade quotidienne sur les pavés de la cour. C'est le moment propice à l'apparition du chat, une présence amicale enfantine. Lam Truong, figure masculine, col de fourrure et joli masque félin, pattes et griffes levées, rôde en compagnon fidèle auprès de sa maîtresse loquace, jusque sur les toits de la ville. Et l'on écoute l'histoire des années... Un homme quitte la femme qu'il aime pour une passion subite éprouvée pour une jeune fille. L'actrice est à la fois l'amant et la demoiselle à la voix sucrée qui partent vivre dans une maison humide à l'odeur d'algue, au bord de la mer.
Des objets totems enchanteurs, un cheval, une tête d'âne.
L'homme quitte la femme pour errer sur d'autres continents avant de réapparaître, provoquant forcément de la peine à celle qui est restée. Elle a vieilli, elle a maigri, mais ils s'aiment encore : « Dans chaque maison, tout recoin a ses larmes. ». Autre conte, autre temps : M. Hamon, précepteur de M. Racine âgé de onze ans, s'endort lors de sa leçon de latin. Il dit avoir rencontré Virgile dans son sommeil, une façon de s'excuser. C'est au tour de l'élève assoupi de prétendre s'être rendu aux Enfers. Le maître lui rétorque qu'étant plus proche de Dieu en tant qu'enfant, il n'a pas « à débiter des mensonges... » Voici les souvenirs raciniens d'un pouvoir magistral abusif. La conteuse, d'un texte à l'autre, multiplie les rôles poétiques, évoquant rêveusement toute sagesse – la force du désir de vie inentamable et l'acceptation de la mort -, ces sortes de beautés paradoxales, terriennes et aériennes, étranges et familières. À l'intérieur de l'écrin scénographique de Sallahdyn Khatir, s'élève une maquette grandeur nature d'un appartement rehaussé de lumières, tel l'espace mental abstrait du spectateur. À contempler, des objets totems enchanteurs, un cheval, une tête d'âne, un masque d'oiseau, la splendeur d'une cape rouge, un tutu romantique de tulle et des queues animales de fourrure soyeuse. Ce sont de simples accessoires de théâtre devenus les instruments surnaturels d'un merveilleux scénique ouvert à la beauté de métamorphoses sensuelles. Marie Vialle a bu pour nous le philtre de l'enfance éternelle, jetant des sorts ou prédisant l'avenir. Une vraie fée.
Véronique Hotte



Source Texte : La Terrasse jeud 30 nov 2006.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : MARIE VIALLE (comédien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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