Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

A l'heure de sa mort, le temps retrouvé de Jean-luc Lagarce. Le Monde Sam 25 octobre 20006







A l'heure de sa mort, le temps retrouvé de Jean-luc Lagarce.

Les possédés jouent avec beaucoup de finesse « le pays lointain », de l'auteur disparu en 1995.

Ce "pays lointain" vers lequel se retourne l'écrivain Jean-Luc Lagarce à l'heure de sa mort, quel est-il ? Quels sont-ils, ces "pays" que Racine appelait "éloignés" et que Lagarce, sans doute, a voulu revisiter dans cette pénultième pièce, écrite peu avant sa disparition prématurée, en 1995, à l'âge de 38 ans ?
"Histoire d'un jeune homme qui décide de revenir sur ses traces, revoir sa famille, son monde, à l'heure de mourir. Histoire de ce voyage et de ceux-là, perdus de vue, qu'il rencontre et retrouve." Un homme déploie le théâtre d'une vie, comme par-delà la mort, déjà. Le Pays lointain, c'est un peu la Recherche du temps perdu de Jean-Luc Lagarce.
Et donc voici Louis, entouré de ses amis, Longue Date, L'Amant, mort déjà, Un Garçon, tous les garçons, Le Guerrier, tous les guerriers - c'est bien ainsi qu'il les nomme. Et de sa famille : le père, mort déjà, la mère, le frère, la soeur, et la femme du frère. Et puis il y a Hélène. Celle qui ne peut faire autrement que d'être un personnage secondaire dans la vie des autres, au milieu de tous ces amants, de tous ces guerriers, de tous ces garçons.
La pièce de Lagarce n'est rien d'autre que cela, que définissait Racine dans sa préface à Britannicus : "Une action simple, chargée de peu de matière, telle que doit être une action qui se passe en un seul jour, et qui, s'avançant par degrés vers sa fin, n'est soutenue que par les intérêts, les sentiments et les passions des personnages." Racine disait encore : "Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d'invention. Ils ne songent pas qu'au contraire toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien."
LES CENDRES DU TEMPS
Jean-Luc Lagarce et la compagnie des Possédés font quelque chose de rien - ce rien qui constitue le coeur le plus intime de nos vies : partir, revenir, aimer, abandonner, se retrouver et s'abandonner, par-delà la mort, à la force du temps et du souvenir. Tout ce qui à la fois reste et s'en va - les cendres du temps.
Il en est ainsi parce que Les Possédés sont une des compagnies qui, ces dernières années, ont débarrassé leur jeu de toute lourdeur psychologique, pour arriver à retrouver, sur scène, le sentiment de la vie. Une bande d'acteurs infiniment séduisants et attachants : Laurent Bellambe, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Katja Hunsinger, Nadir Legrand, Katia Lewkowicz, Christophe Paou et Marie-Hélène Roig. Des personnes, pas des personnages, qui n'ont besoin, pour exister, ni de décor ni d'accessoires.
Fabienne Darge



Source Texte : Le monde 25 octobre 2006

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Luc LAGARCE (astronome), Rodolphe DANA (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

A voir :