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A la Bastille, c'est le Bousquet. Libération sam 4 et dim 5 nov.







A la Bastille, c'est le Bousquet.

Hommage au poète infirme à travers un montage de ses textes.

Au printemps 19l8,Ie soldat Joë Bousquet est atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande. Paralysé à hauteur des pectoraux, il perd ad vitam l'usage de ses membres inférieurs. Il a 21ans.On le rapatrie à Carcassonne ; il s'enferme dans sa chambre, volets clos, porte calfeutrée de lourdes tentures. Commence l'existence alitée d'un poète qu'assez vite Paulhan distinguera et à qui nombre d'écrivains et peintres rendront visite. Joë Bousquet échange avec eux des correspondances-fleuves.
A certaines des femmes aimantées par son rayonnement d'«ange enseveli», cet inerte reclus envoie des Iettres séduites autant que séductrices. La surnommée « Poisson d'or »., -sa fière, sensuelle et paradoxale amie - recevra les plus ferventes. Les soirs venus, le diariste-conteur épistolier délaisse ses cahiers bleus, rouges et verts pour écrire dans des recueils couleur noire des récits érotiques : ceci après avoir fumé plusieurs pipes de son opium.
« Vivre, vivre... ». « Retenu à l'intérieur de lui-même » par l'impossibilité où est son cerveau de se reconnaître dans un plaisir physique, il se console en sachant qu'a chaque corps de femme il donne des « racines dans ses rêves » : « Il me semblait que séparé de la vie du corps par ma blessure et réduit à penser ce que je ne pouvait plus approcher, j'allais découvrir dans son indécence une sorte de transparence spirituelle, où la fonction de mon corps me serait rendue. »
Le stoïque Bousquet, qui lançait : « il faut vivre, vivre, rien que vivre », a fermé les yeux à 53 ans, l'automne 1950. Son œuvre en morceaux n'a pas été oubliée, elle a même parfois été surestimée. L'homme en deux moitiés, l'une vive et l'autre morte, était suffisamment devenu une légende pour le cercle de fidèles, nommés Eluard, Gide, Char ou Dubuffet, Dali, Tanguy, Klee, Magritte, Fautrier et Bellmer. Bellmer et ses poupées à jambes ventrues ; Masson et ses vénéneux Dormeurs ; ou surtout Max Ernst rêvant de la nymphe Echo et d'une forêt à travers laquelle les oiseaux ne peuvent pas voler, ect...
Le metteur en scène, photographe et vidéaste Bruno Geslin, qui propose un ambitieux montage de textes non résignés de Joë Bousquet, s'est inspiré des toiles achetées ou reçues en cadeau au fil des ans par le poète qui tapissait les quatre murs de sa chambres. Le grabataire au visage d'oiseau, collectionneur de contemplations, jubilait d'être « regardé par les plus beaux tableaux du monde » : le fascinait ces miroirs sans fonds où il puisait ses visions d'opiomane déjouant l'amertume.
Forêt On voit se lever en images une vaste forêt (mouvante et relativement émouvante) au fond du Théâtre de la Bastille où Denis Lavant endosse l'insolite charge d'incarner au devant du plateau, le personnage de Bousquet. Non loin, une femme symbolise toutes celles qui passèrent : les infirmières, les délurées, les virginales, les incestueuses, et encore celles qui ôtait dans la pénombre sa petite culotte. Et lorsqu'elle joue cette dernière, l'actrice Kathleen Reynolds s'avère grandiose. Figure aussi un « frère d''ombre » , sorte de double valide et athlétique du romanesque infirme (Jean-François Auguste). Il y a tout, tout, pour faire de cette évocation foisonnante un moment beau. Mais peut-être y a t-il trop. D'emphase. Lavant, à force de jouer « de l'intérieur », de son intérieur à lui, extériorise au nom de la douleur une espèce de rage. Reste le titre du spectacle je porte malheur aux femmes, mais je ne porte pas bonheur aux chiens, énigmatique.

Mathilde La Bardonnie



Source Texte : Libération sam 4 et dim 5 nov.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Joë BOUSQUET (auteur), Bruno GESLIN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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