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Le "Hamlet" cru et à nu de Koltès. Le Monde jeudi 10 avril.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

thierry DE PERETTI Metteur en scène
Bernard-Marie KOLTES auteur

Texte : Le "Hamlet" cru et à nu de Koltès
Bernard-Marie Koltès, l'auteur de Dans la solitude des champs de coton, aimait Shakespeare et Rimbaud. En 1973, à 25 ans, bien avant les grandes pièces des années 1980, il écrit Le Jour des meurtres dans l'histoire d'Hamlet, où se croisent ces deux influences, et encore une troisième : celle du poète Yves Bonnefoy, traducteur d'Hamlet en français. La pièce, longtemps inédite, est aujourd'hui mise en scène par Thierry de Peretti au Théâtre de la Bastille, à Paris.
Koltès resserre l'intrigue sur le noeud familial et ne garde que les quatre personnages principaux : Hamlet et Ophélie, Claudius et Gertrude. C'est Koltès avant Koltès, mais l'essentiel est déjà là : la langue, poétique, splendide, comme l'attestent d'emblée les toutes premières lignes de la pièce : "Esprit, esprit inquiet ! L'heure est morte. Ne te réveille pas. La mer veut m'attirer au-dessus de ses rives, pour que je la regarde là où elle est profonde, et l'écoute rugir au-dessous de moi."
Thierry de Peretti a plutôt la main heureuse avec Koltès : il avait signé, il y a quelques années, une intéressante mise en scène du Retour au désert - bien plus réussie que celle de Muriel Mayette, la saison passée, à la Comédie-Française.
UN UNIVERS DÉLÉTÈRE
Son Hamlet, dans sa beauté nocturne, mérite le détour. Même s'il est en partie plombé par un problème pas mince : le comédien qui devait jouer Claudius a lâché l'équipe une semaine avant la première. Thierry de Peretti a repris le rôle au débotté, et ce n'est pas ça.
Mais n'empêche : le spectacle, dans son âpreté, sa tension, ne vous lâche pas. Peretti utilise la cage de scène du théâtre de manière presque brute. Dans une obscurité trouée de rares lumières, habitée de rares éléments de décor qui prennent tout leur sens - le lit de Gertrude et de Claudius -, il installe un univers délétère, toxique, où la génération des pères a renoncé à tout idéal, et le pouvoir à toute conscience. Et où le théâtre ne peut même plus être, pour un Hamlet irrémédiablement seul, le piège où attraper la conscience des rois.
Les trois autres comédiens, excellents, sont pour beaucoup dans cette atmosphère sourde, prenante, qui s'installe insensiblement : Lisa Martino, Gertrude vénéneuse et décervelée en manteau panthère années 1960, une mère trop jeune mariée à un homme trop vieux. Annabelle Hettmann, Ophélie en blouson de cuir, dans toute la pureté et l'exigence de la jeunesse, trop faible pour lutter face à ces monstres.
Et, surtout, l'étonnant Hamlet de Pascal Tagnati, visage d'étudiant émacié à la John Lennon, phrasé rocailleux, comme inassimilable à la "normalité" pervertie, corrompue, qu'on lui propose. Il faudra le suivre : il donne toute sa force et son urgence, son climat de nuit, à cet Hamlet.
Fabienne Darge




Source Externe : Le Monde jeudi 10 avril.


Inséré le : 10/04/2008 00:00