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Être ou non. Théâtre online mars 2008.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

thierry DE PERETTI Metteur en scène
Bernard-Marie KOLTES auteur

Texte : Être ou non
Intense, inquiétant, intriguant. Sombre. Drôle aussi, parfois. Tel est le spectacle que Thierry de Peretti a conçu pour ce fulgurant condensé d'Hamlet issu de la plume du jeune Bernard-Marie Koltès et resté longtemps inédit. Des profondeurs d'un plateau vide, le metteur en scène extrait une force particulière pour animer une intrigue réduite à la trame intime et familiale de l'œuvre de Shakespeare pour un quatuor de personnages à la férocité d'une tragédie antique.
Le texte que Bernard-Marie Koltès, à l'âge de vingt-six ans, construit à partir de la traduction d'Hamlet d'Yves Bonnefoy est, pourrait-on dire, expérimental. Son projet n'apparaît pas clairement, si ce n'est, au début surtout, le désarroi de la jeunesse en situation d'opposition générationnelle. Mais l'envoûtante course vers la fin tragique l'emporte sur toute « lecture » d'Hamlet. Le poète donne l'impression de chercher à dire, de se chercher dans sa composition. Et c'est tant mieux.
Les cinq actes sont condensés dans cinq moments d'une seule journée, se succédant entre les remparts et les sombres couloirs du château d'Elseneur. Il n'y a personne d'autre qu'Hamlet (Pascal Tagnati) et son oncle, l'usurpateur Claudius (Thierry de Peretti), que sa mère Gertrude et l'amoureuse mais trop obéissante Ophélie (belles présences féminines de Lisa Martino et Annabelle Hettmann) pour ressasser la haine, la peur et le remords. Et pour en mourir.
Si Claudius, dans la belle interprétation de Thierry de Peretti, apeuré et étouffé sous sa couronne, est un roi, Hamlet a moins d'un prince que d'un adolescent mal dans sa peau. De Peretti donne à voir un personnage que Koltès a dessiné plus nihiliste que torturé et pour qui le doute s'est transformé en dégoût. C'est un Hamlet menaçant et peut-être encore plus solitaire, plus incompris que l'original, qui profitait au moins de la compagnie d'Horatio et pouvait voir en Laërte un égal tout en jouissant de l'amour, même abstrait, de son peuple. Chez Koltès, Hamlet est un jeune complètement seul errant dans un couloir obscur.
La mise en scène, ingénieuse sans être très originale, est riche en images, mais elle se fonde sur le jeu vibrant, nerveux, comme possédé des comédiens. Un jeu qui ne dédaigne pas le versant comique de toute bonne figure tragique. La boîte noire du plateau, presque vide, se remplit de leurs présences que des éclairages transversaux (d'Yves Godin) projettent dans l'infini, leur donnant parfois une dimension cinématographique. Les costumes, les accessoires, les discrètes projections vidéo sont à leur service. C'est de leur travail, grâce à la bonne direction de Thierry de Peretti, que naissent des moments de grande intensité, de beaux instants de théâtre.
Guillermo Pisani



Source Externe : Théâtre online mars 2008.


Inséré le : 03/04/2008 00:00