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Portrait par Cendrars d'une actrice insolente et verte. L'humanité 13 Février 2006.







Portrait par Cendrars d'une actrice insolente et verte.



A la fin de sa carrière, Thérèse allait créer le rôle de sa vie, à soixante-dix-neuf ans un rôle de vamp pour gens du monde, une espèce de pin-up de la pègre, la reine de la rue dans Madame l'Arsouille, (...) un personnage irrésistible de drôlerie et de verve caustique, de cynisme, d'entrain, de désinvolture, de gentillesse canaille, de sensibilité parisienne, poissarde et dégingandée (...).» Voilà pour le retour, après des années de dèche loin de Paris, de Thérèse Églantine, une tragédienne de renom, mais d'antan, qui décide, après la guerre et le silence, de ne pas faire barrière aux regards cruels sur sa personne décrépie, mais au contraire de se moquer d'elle-même, de se rengorger des rires alentour, de les susciter surtout et d'y prendre part... « Madame l'Arsouille », c'est un peu elle.
Thérèse Églantine, c'est le portrait baroque d'une vieille actrice exécuté par Blaise Cendrars dans Emmène-moi au bout du monde !...,dernier livre du poète dont Jean-Michel Rabeux a adapté et mis en scène les quatre premiers chapitres. Dans ces pages écrites cinq ans avant sa mort, Cendrars, voyageur devant l'éternel, explore cette fois le pays du théâtre et ses interpénétrations brutales, fatales avec la vie. Il constate le vice, le vide des cœurs, la crasse des hôtels borgnes et célèbre les faubourgs... Il rappelle encore la chair qui renâcle jusque dans le corps aux seins avachis.
Justement, si Thérèse Eglantine est en retard à sa répétition où elle connaît le trou de mémoire, c'est qu'elle a à faire. A commencer par s'envoyer en l'air avec un légionnaire levé dans le quartier des Halles qui la « travaille »en la traitant de vérole « Ne plus vaincre, mais tomber (...) n'importe où dans un trou... ». implore la vieille peau. en mal de volupté immédiate stimulant peut-être son activité cérébrale au théâtre. Mais le récit des ébats de Thérèse évoquerait presque la guerre... n'était la drôlerie crue, abominable et pathétique de quelques éléments : le légionnaire file des gnons a une actrice qui en perd son dentier. Avant de vomir sur elle les excès d'une perm arrosée ! Dehors. au coin de la rue du .jour, la femme, hagarde (l'œil poché, la bouche enflée) mais satisfaite de son défoulement, voit son reflet parmi les têtes de veaux de la vitrine d'une boucherie et se dit qu'elle tient là son dernier costume...
Claude Degliame campe Thérèse Églantine avec un talent rare, avec ce juste dosage de distance et d'empathie, d'humanité et de férocité, propres à Cendrars vraiment. Sur une passerelle de fer tendue au milieu des spectateurs, la comédienne, funambule un peu ivre (J'ai deux amours entonne-t-elle), arpente tous les vivants contrastes, toutes les résistances que porte en elle l'actrice : flapie mais féline, possédée mais indomptable, désabusée et encore insolente. Braque et lucide. Debout.

Claude Degliame se donne corps et âme, sans verser dans la mise en abîme, à cette actrice qui exhibe tout, et surtout le pire ; qui, par vagues insolites, nous immerge dans la part mystique du jeu, Son travail. Claude Degliame alterne prestement les voix, les registres : elle est Thérèse, le gardien d'hôtel la suivant du regard, le théâtre ou la critique, l'étrange présidente suceuse de peyotl... Un bel hommage à l'art, à la vie, reflet de l'amour de Jean-Michel Rabeux et de Claude Degliame pour Cendrars.

Aude Brédy







Source Texte : L'humanité 13 Février 2006.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Michel RABEUX (Metteur en scène), Blaise CENDRARS (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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