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Meg Stuart face à la colère des cieux. Umoove.fr
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Meg STUART chorégraphe
Texte : Meg Stuart face à la colère des cieuxPlus de 1000 morts ont péri sous les eaux de l'ouragan Katrina, drame américain sans précédent que n'a pas oublié la chorégraphe Meg Stuart. Blessed ou comment survivre quand tout vous échappe...Qui mieux que Meg Stuart pouvait traiter du désastre Katrina, l'ouragan qui a anéanti en grande partie la ville de New-Orleans le 29 août 2005 ? A bien y réfléchir personne d'autre qu'elle. Tout d'abord car la chorégraphe américaine a grandi dans les rues de cette cité si particulière, toute dédiée au jazz et à la culture européenne. Meurtrie dans sa chair par cette catastrophe sans précédent, la citoyenne exilée depuis bon nombre d'années à Bruxelles revient sur sa terre d'enfance pour lui rendre un vibrant hommage. Mais ce lien affectif indéfectible n'est pas l'unique raison d'être de
Blessed. L'artiste ne développe t- elle pas depuis la fin des années une « danse du désastre » ? Avec ses lignes brisées, ses replis corporels, ses mouvements toujours plus déstructurés et dissociés, l'univers chorégraphique de Meg Stuart fait la part belle au désenchantement, et ce depuis son très plébiscité
Disfigue Study (1991).
Damaged Goods, nom de la compagnie qu'elle fonde en 1994 en Belgique, n'aura jamais mieux porté son nom qu'aujourd'hui : littéralement
« biens endommagés », ces deux mots révèlent l'obsession première de Meg Stuart pour le corps imparfait, ce corps qui s'oppose aux canons de la danse classique. Mais ils prennent aujourd'hui une toute autre résonnance avec
Blessed. Combien de corps brisés par ce ravage climatique, combien de biens endommagés ? Une ville et son million d'habitants au bas mot. Rejetant le temps de ce spectacle- hommage ses pièces de groupes avides de décors monumentaux, d'imagerie complexe et d'actions multiples, Meg Stuart joue la carte du minimalisme. Puisque que le rien et la désolation font désormais partie de la Nouvelle-Orléans, autant préférer la sobriété et l'économie. A la débauche d'effets spectaculaires, allions, comme à l'accoutumé avec la chorégraphe, le corps et l'esprit et posons-nous quelques questions : comment composer ou recomposer son monde après le chaos ? à quel saint se vouer dans un univers de prédateurs prêts à abuser de la faiblesse humaine, entre le marché du divertissement et celui de la spiritualité ? Comment le corps réussit-il à surmonter les épreuves ?
L'unique danseur de la pièce Francisco Camacho (à l'exception d'une brève apparition de Katomi Nishiwaki), collaborateur fétiche de Meg, va tenter de répondre à ces questions existentielles fondamentales. Témoin impuissant de cette averse sans fin qui anéantit son territoire, il n'a de cesse de tenter de reconstruire son chez-soi avec les rares matériaux que les éléments déchaînés n'ont pas trop endommagé. On pourrait croire que la partie est perdue d'avance, pessimisme légendaire de la chorégraphe oblige, mais étonnamment Meg Stuart se révèle pleine d'espoir avec cette réflexion sur la survie.
D'une rare intensité,
Blessed devrait réconcilier Meg Stuart avec le grand public, qui bien des fois n'a pas su saisir les propos de la chorégraphe. En délaissant le temps d'un spectacle la complexité de la vidéo-danse, de la performance et autres mouvances plasticiennes, Meg Stuart signe une œuvre très forte, lisible et universelle. En attendant sa prochaine création, présentée au CND en février 2008 :
May be forever qui sonne comme un retour aux sources en traitant de la
« quête de physionomies qui traduisent les tensions du présent, d'appuis fragiles qui puissent accueillir un mouvement lézardé, de gestes qui viennent poétiquement manifester la rébellion du corps contre les simulacres d'un ordre trop lisse. ».
Source Externe : Umoove.fr
Inséré le : 24/10/2007 00:00