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Les Egarés Un projet de Pierre Meunier. Les Inrockuptibles mardi 12 juin 2007.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pierre Meunier Metteur en scène
Texte : Les Egarés Un projet de Pierre MeunierPierre Meunier reprend une expérience qu'il avait menée avec les patients d'un hôpital psychiatrique, et la prolonge de manière stupéfiante avec une troupe d'acteurs complices. "Embedded", voilà un peu à quoi ressemble le parcours du spectateur dans Les Egarés de Pierre Meunier. Un axiome déjà à l'œuvre chez Philippe Quesne
(D'après nature) ou Joris Lacoste
(Purgatoire) récemment. Tous ces spectacles se présentent comme des tentatives, forcément échouées, de représentations qui butent sur une tonne d'obstacles pratiques ou conceptuels. Et, parlant de l'impossible ou difficile mise en œuvre d'un spectacle, ils nous parlent en écho de l'effarante déperdition de soi dans le monde des hommes. D'élaboration et de fabrication collective,
Les Egares est le mémento (marque destinée à se rappeler le souvenir de quelque chose) de l'expérience menée par Pierre Meunier voici quelques années avec des patients de l'hôpital psychiatrique d'Ainayle-Château. Avec eux, il fit alors deux spectacles. Aujourd'hui, avec sa troupe d'acteurs complices, il reprend l'ouvrage et nous interpelle :
"Je me suis senti humainement proche d'eux, à des endroits en moi que je connais, des seuils ... Il ne faudrait parfois pas grandchose pour basculer de leur côté; On en est tous là." De stupéfaction,
Les Egarés nous arrache d'abord des rires inextinguibles - du fou au clown, la tangente est tracée - puis nous cloue sur nos sièges par la puissance de feu des scènes finales. De stupéfaction,
Les Egarés nous tend un miroir magique où fantaisies et frayeurs se dégagent de l'enclume de la norme pour exister et prendre forme. De l'inaugurale mise à feu de sa veste, et d'une échelle, par un homme taciturne à la danse d'une Salomé chinoise jouant avec les membres et la tête d'un buste de carton-pâte, on reste quand même longtemps devant le rideau baissé, derrière lequel s'agitent des interprètes morigénés par une voix venue de la régie :
"Ça fait rien pendant longtemps là ! Ya trop de possibilités ?" Mais quand ça se lève, quelle .tempête ! On voit des poulies faire danser des échafaudages de fer, un marteau-pilon lobotomiser des poupées de plastique, pour finir sur l'incroyable mano a mano de Jean-Louis Coulloc'h avec une souche d'arbre de trois cents kilos, monstre magnifique qu'ils sont allés déterrer dans une forêt. Déterrant du même coup des images qui nous éveillent au rêve.
Fabienne Arvers
Source Externe : Les Inrockuptibles mardi 12 juin 2007.
Inséré le : 12/06/2007 00:00