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Haut, bas, fragile. L'Humanité Lundi 4 Juin.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pierre Meunier Metteur en scène
Texte : Haut, bas, fragile.Pierre Meunier présente au Théâtre de la Bastille des Egarés qui nous ressemblent.Ca s'agite beaucoup sur le plateau. Des hommes et des femmes s'affairent au milieu d'un capharnaüm indescriptible. Devant sa minuscule console, l'ingénieur du son, installé à jardin, fait ce qu'il peut tandis que le régisseur, lampe frontale vissée sur le front, interroge le metteur en scène, installé en cabine derrière le public, guettant des consignes balancées de façon incongrue. Puis un grand rideau se déploie masquant tout sauf l'avant-scène qui se transforme en un espace d'entracte de music-hall. Un homme déplace un escabeau, craque des allumettes jusqu'à ce qu'il prenne feu. Le grand incendie. Un mannequin en morceau fait d'étranges apparitions.
Une révolution en marche.Un bras, une jambe puis une tête, brandie au bout d'une pique comme au temps de la Révolution française. N'entend-on pas d'ailleurs une musique de château ? Une femme-crapaud avance serrant entre ses bras les membres du mannequin puis, parvenue au milieu de la scène, se redresse et se métamorphose en chanteuse chinoise, improvise un karaoké sur fond de chinoiseries vocales. Révolution culturelle ? Plus tard, alors que le rideau se sera effondré dans un grand fracas, on assiste, médusés, à un ballet aérien d'échafaudages suspendus à un fil tandis qu'une énorme emboutisseuse impulse une cadence assourdissante. Deux jeunes femmes assises sur un banc, robes virginales, rient longtemps tandis qu'un ventilateur souffle sur leur voile qui s'élève dans les airs. On pense aux Demoiselles de Rochefort ...
Une critique de la normativité.Ils sont
les Égarés, des hommes et des femmes qui marchent à contresens, avançant à tâtons, se heurtant à des murs invisibles, se regardant dans des miroirs qui ne renvoient rien, comme s'ils n'avaient pas vu ou suivi les indications fléchées d'une société où chaque geste est normalisé, formaté. Théâtre d'images, ici, les tableaux ne se succèdent pas mais s'interrompent brusquement, laissant un goût d'inachevé qui vient troubler notre tranquillité de spectateur. Quelques phrases sont prononcées qui participent de l'instabilité générale de la geste théâtrale. Confronté aux mots, chacun est libre de son interprétation, libre de donner ou pas un sens. Pierre Meunier, le metteur en scène, brouille systématiquement les pistes, casse le rythme là où il aurait pu miser sur la succession et joue le contretemps dans une expérimentation des corps poussés dans leur retranchement. Les acteurs (Jean-Louis Coulloc'h, Frédéric Kunze, Valérie Larroque, François Tizon, Isabelle Védie) sont mis à rude épreuve, sans cesse éprouvés par un engagement physique qui laisse admiratif. Leur jeu quasi animal, brut de décoffrage, participe de ce ballet des corps et des âmes en peine. Pierre Meunier évoque la fragilité pour dire la brutalité d'un monde voué à la performance, où la technicité l'emporte sur l'humanité. Sans le savoir, ces
Egarés font corps entre eux et avec la matière. Leur désordre intérieur ne peut nous laisser indifférents. Ils sont l'antithèse de I'Idéologie vouée à la réussite et au culte du soi. Voilà une pièce qui suscite la réflexion.
Marie-José Siracq
Source Externe : L'Humanité lundi 4 juin 2007.
Inséré le : 04/06/2007 00:00