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Gisèle et ses fantasmes. Télérama du 4 au 10 Février 2006.







Gisèle et ses fantasmes.

Un mot pour Gisèle Vienne : velours ! Velours de la voix, de la présence. Velours de la conversation dont chaque terme est pesé pour articuler une pensée tout en fines nuances. Gisèle Vienne possède une brillance discrète comme son rouge à lèvres rose tendre. Avec sa queue-de-cheval bien sage, cette chorégraphe d'à peine 30 ans ressemble aux poupées grandeur nature qu'elle met en scène depuis la création de sa compagnie, en 2000. Comment pareille délicatesse engendre-t-elle un univers artistique si violemment mortifère ? Quelle urgence pousse cette jeune femme - fille d'un diplomate et d'une plasticienne, diplômée de philo, de l'Institut de la marionnette de Charleville-Mézières - à transcrire si résolument des fantasmes sexuels rouge sang ?
A l'affiche du festival d'Avignon 2004, ses deux spectacles. Une belle enfant blonde et I apologize, ont imposé, en dépit de la lourdeur cauchemardesque de leur thème, une écriture spectaculaire d'une impeccable solidité. Tête-bêche, deux destins s'y croisent : ceux d'une femme (interprétée ni plus ni moins par Catherine Robbe-Grillet, la femme de l'écrivain) et d'un jeune homme hantés par le fantasme de meurtre. Elle a en ligne de mire un adolescent très maquillé aux longs cheveux bruns. Lui rêve d'une lolita habillée en collégienne. Sexe, jouissance et mort. Un programme à la Georges Bataille, dont Gisèle Vienne extrait des rituels suaves et menaçants. « Mais on a beaucoup ri en travaillant, s'exclame-t-elle comme pour neutraliser l'effet choquant de certaines scènes. Je déteste la création dans le drame, je trouve ça franchement exagéré, compte tenu de la chance qu'on a de faire des spectacles. Si on ne s'amusait pas avec des histoires pareilles, ce ne serait pas vivable ! •
Celle qui, adolescente, rêvait à la fois de faire de la philo et de construire des marionnettes - et y parvenant - finit par lâcher ce qui la tarabuste : " Il m'importe dans un spectacle qu'on s'autorise à exprimer des fantasmes qui ne sont pas en adéquation avec la morale. Mais sans qu'aucune confusion soit possible entre la réalité et la représentation. Je m'insurge contre la mauvaise foi qui règne, en particulier à la télévision, par rapport à la pédophilie. On fait semblant de la condamner, mais on y multiplie les images malsaines. Il y a une nécessité de parler de ces sujets, mais pas de cette façon." Elle serait presque en colère, Gisèle Vienne, si elle ne savait pas si bien contrôler ses émotions.
Pour « exprimer sur scène ces sentiments inavouables » elle a su s'entourer de complices aussi intelligemment étranges qu'elle. La lecture d'Alain Robbe-Grillet la mène sur la piste de l'écrivain américain Dennis Cooper, qui lui livre ses textes tout en nerfs autour d'adolescents bizarres. Catherine Robbe-Grillet. 74 ans, surgit naturellement au milieu de ce paquet de nœuds pour en tirer les fils avec la patience d'une maîtresse d'école. A l'exception de spasmes mécaniques, peu de danse en réalité dans ces cérémonials intenses et détachés qui interrogent une sexualité très marginale. Sauvages néanmoins jusque dans leur lenteur, chacune des pièces invente un petit théâtre de l'intime où les pulsions extrêmes trouvent une formulation inédite.
Sous l'œil des poupées, étrangement plus vivantes parfois que les personnages, se dessine une cartographie du désir où érotisme et mort jouent dos à dos. « Je m'interroge sur l'imagination liée aux fantasmes, en particulier érotiques. Et leur impossible réalisation, appuie Gisèle Vienne. L'espace artistique permet de les partager avec d'autres. C'est pour moi une jubilation et une consolation. On ne saurait condamner l'imaginaire. »

Rosita Boisseau





Source Texte : Télérama du 4 au 10 Février 2006.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Gisèle VIENNE (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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