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La danse des maux. L'Express jeudi 26 avril 2007.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Thierry BAË chorégraphe-interprète
Texte : La danse des maux.Atteint dans l'enfance d'une grave maladie, Thierry Baë s'est battu pour surmonter ce handicap. Devenu chorégraphe, il met aujourd'hui en scène les difficultés à vivre de son artPrenant leur billet pour
Journal d'inquiétude, de Thierry Baë, les spectateurs du Festival d'Avignon 2006 ne se doutaient pas qu'ils allaient assister à une révélation. Celle d'un interprète devenu chorégraphe, dont le discours - dansé, joué, parlé, filmé - fera l'effet d'une grande claque dans le petit milieu de la danse, sur le mode: «Ouvrez les yeux, camarades!».
Ouvrir les yeux sur quoi? Sur la pudique omerta qui cache les difficultés vécues par les artistes et, en particulier, par les danseurs : l'âge qui point et fait d'un homme de 45 ans un préretraité; la quasi-impossibilité de présenter son travail dans les grands festivals avant d'être connu et l'obligation d'être connu avant d'y être programmé; la dépression qui guette, l'oubli, l'indifférence... Tous maux remâchés jusqu'alors entre soi. Mais qu'un danseur vienne les mettre sous le nez du monde, faisant entendre les protestations de son souffle court, montrant, en vidéo, le parcours du combattant qui l'a mené là, les mensonges qu'il a dû faire avaler pour avoir, enfin, une chance, ça, c'est une autre paire de manches. Thierry Baë le fit, «comme un acte désespéré», dit-il, ne s'attendant pas que son chant du cygne se transforme en une marche en avant dont le ressort serait un humour largement retourné contre soi.
Car Baë n'est ni un emmerdeur ni un pleurnicheur. Juste quelqu'un qui se bat pour sa peau. L'habitude de se battre lui vient de l'enfance. Le 30 juin 1959, dans son berceau nancéien, il a trouvé une maladie pulmonaire grave, orpheline de surcroît : la raison et les médecins lui interdisent de faire le fou. Et toutes choses pour lesquelles des fées ironiques l'ont comblé de talent, en y ajoutant de la persévérance jusqu'à la témérité et un fort tropisme pour la rébellion. Le jour où, nouveau bachelier, il annonce à ses parents son intention de faire les Beaux-Arts, ceux-ci, tout à leur soulagement, ne se doutent pas qu'il s'agit là d'un pas de deux et qu'un destin de danseur attend leur fils.
Ce destin commencera en douceur par la découverte de Pina Bausch, du maître Kantor ou du Living Theatre, qui se produisent au festival de Nancy et sèment le poison d'une exigence artistique nouvelle dans cette famille de boulangers. Ensuite, par l'école d'Etienne Decroux et de Marcel Marceau, où il rencontre Josef Nadj, son futur compagnon «de toujours». Enfin, par la découverte de l'Asie, abordée par la lecture de Lautréamont et d'Artaud, l'Asie, qui lui traversera le corps et l'esprit, pratiquant la flûte japonaise et le butô, étudiant la théorie zen, puis le tai-chi-chuan, qu'il enseigne à l'occasion.
Un jeu avec le vrai et le faux, baigné d'humourTel est le garçon qui débarque, un jour de 1984, chez la chorégraphe Catherine Diverrès, à Bordeaux. Il sera de toutes ses créations jusqu'en 1997, date à laquelle la maladie lui présente la facture de ses folies. Ayant, jusque-là, préféré le statut d'interprète, également avec Nadj, il succombe, par raison, à l'art chorégraphique. Et, en cinq pièces, trouve son style: un jeu avec le vrai et le faux qui vaut réflexion sur le rôle de l'illusion dans la création artistique, le tout transformé par l'humour et l'autodérision.
Thierry Baë a disparu, suite du fameux Journal, ne manque pas d'air non plus. Une bonne nouvelle.
Laurence Liban.
Source Externe : L'Express jeudi 26 avril 2007.
Inséré le : 27/04/2007 00:00