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Le succès inattendu de Thierry Baë. Le Monde Juillet 2007.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Thierry BAË chorégraphe-interprète

Texte : Le succès inattendu de Thierry Baë.

Thierry Baë n'en revient toujours pas. Il y a un an, aucun programmateur ne voulait de lui. Aujourd'hui, tout le monde se l'arrache et les dates de tournée s'additionnent. A 47 ans, le danseur et chorégraphe, interprète de Catherine Diverrès et Josef Nadj, a décroché le gros lot avec un solo étrange, une curiosité entre danse et vidéo, intitulé journal d'inquiétude
Créé il y a un an au festival Danse à Aix, aujourd'hui fêté dans le « in » d'Avignon après avoir déjà tourné dans toute la France, le voilà pris en chasse par les programmateurs étrangers de tous bords, pisté par les journalistes, bref, en passe de devenir une vedette.
Cette soudaine célébrité, cette success story franchement inattendue, fait rire un peu nerveusement Thierry Baë, mais quel pied! Basculer d'une situation difficile, voire catastrophique - sa compagnie créée en 1997 ne tournait pas et la dépression pointait le bout de son nez à un emploi du temps saturé, exige une certaine souplesse. «J'aurais 20 ans, je péterais peut-être un câble, mais à mon âge, ça va, glisse-t-il avec sa voix bizarrement rauque d'insuffisant respiratoire. C'est vrai qu'Avignon, c'est énorme et inespéré, mais on ne va pas se plaindre. »
Ce coup de dés qu'est journal d'inquiétude, Thierry Baë n'aurait jamais imaginé le transformer en coup de chance. Aujourd'hui auteur d'un solo best-seller parti pour se vendre dans le monde entier, il se souvient que l'affaire est née d'une vraie galère et d'un constat: pour être à l'affiche d'un festival, il faut déjà être une star. D'où l'idée maligne qui illumine joumal d'inquiétude : inviter des chorégraphes connus à participer à la pièce, façon guest star, sans jamais dévoiler leur nom à l'avance. A partir de là, Thierry Bae, écrit le scénario d'un danseur mal en point qui démarche les programmateurs et ses collègues pour les convaincre de soutenir son spectacle
Ce porte-à-porte, filmé par François Lejault, le balade de Bernardo Montet à Josef Nadj, qui ont accepté par amitié de jouer leur propre rôle dans le documentaire.

Entre fiction et réalité, Thierry Baë se glisse dans la peau du mec en échec professionnel à qui la poisse colle aux chaussons. «Je voulais évoquer dans ce spectacle le contexte social et économique difficile dans lequel les danseurs et chorégraphes évoluent, commente-t-il .j'avais aussi envie que tout un chacun puisse se retrouver dans mon histoire de vieillissement et de difficultés professionnelles. »
Et ça marche! Inscrit dans la veine de, Journal d'inquiétude fait rire et émeut le public, qui découvre de l'intérieur la réalité d'un art qui est aussi un métier. «. Un spectateur est même venu me dire qu'il en aurait pleuré sur mon épaule s'il m'avait croisé tout de suite à la fin du spectacle», raconte Thierry Baë.
Conséquence insolite, alors que les directeurs de théâtre et le public se souciaient d'abord et avant tout de l'identité mystérieuse de l'invité qui conclut chaque représentation, ils s'en moquent aujourd'hui. C'est Thierry Baë qui compte, lui seul !

Pour éviter de devenir l'homme d'un seul succès, comme on peut être le chanteur d'un tube unique, le chorégraphe entame le deuxième chapitre du diptyque entamé avec Joumal d'inquiétude. Intitulé Et maintenant, il colle son oreille au sol, cet épisode suivra à la trace Thierry Baë. menant l'enquête sur les pratiques annexes des chorégraphes (yoga, lecture, tai-chi...) .•



Source Externe : Le monde juillet 2007.


Inséré le : 19/04/2007 00:00