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Elizavieta Bam les inrockuptibles mardi 20 mars 2007.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Alexis FORESTIER Metteur en scène
Daniil HARMS auteur

Texte : Elizavieta Bam.

Une parole tordue, réinventée, "non-sensique" : pour s'exprimer encore, tandis que l'oppression rôde. Les poètes ont toujours une façon radicale de répondre à la terreur politique. Voir l'Obériou, association pour un art réel, fondée en 1927 par des écrivains russes dans un contexte qui se durcit et ruine les visées de la révolution politique et socialiste. Daniil Harms, membre fondateur de l'Obériou, sera toute sa vie poursuivi censuré, emprisonné, et mourra en 1942 en détention psychiatrique. Vue à l'aune de ce destin en morceaux, Elizaviéta Bam, pièce écrite en 1927 et créée par l'Obériou l'année suivante, ressemble à un cauchemar prémonitoire, la vision éclatée d'un acharnement permanent à museler, bâillonner, détruire toute opposition et toute liberté. C'est ce vent mauvais de la répression que met en scène avec brio Alexis Forestier sur un plateau encombré d'écrans amovibles qui brassent la lumière et modifient par leurs mouvements l'architecture de l'espace, voilant ou dévoilant les instruments de musique et les acteurs chanteurs-musiciens de la troupe des Endimanchés. Elizaviéta Bam est dans sa chambre lorsque deux hommes surgissent pour l'arrêter. Accusée d'un crime qu'elle n'a pas commis, elle voit son univers se dissoudre autour d'elle et, en réponse à l'intrusion violente des hommes, se sert du langage pour s'attaquer au non-sens.
"C'est ce non-sens qui devint le sujet du travail poétique des Obérioutes dans leur désir d'atteindre une vérité qu'ils ne pouvaient plus créer de toutes pièces, mais qui était appelée à naître de la destruction des articulations logiques, des liens syntaxiques. Pour qu'advienne désormais la poésie, il fallait casser la prose du monde", rappelle Gérard Cornio dans La Russie révolutionnaire. Sur scène, l'Obériou envisage l'apparition d'un phénomène théâtral, le "sujet scénique", capable de surgir du dispositif scénographique et des agencements d'éléments dissociés, indépendamment du récit, improbable et fragmenté en dix-neuf tableaux qui s'effondrent les uns sur les autres.
Ici, l'objet scénique se compose et se brise en musiques aux accords dissonants, en films fantaisistes, limite dadaïstes, en petites lumières vacillantes d'isba disparue. Et au milieu de tout ça, ce désastre qui s'enroule sur lui-même et étouffe ses victimes, la voix d'Elizaviéta Bam qui s'entête et résonne: "Je parle pour être."

F.A



Source Externe : Les inrockuptibles mardi 20 mars.


Inséré le : 20/03/2007 00:00