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Thierry de Peretti. Un comédien au goût corsé. Le monde mars 2007.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Thibault DE MONTALEMBERT Metteur en scène
thierry DE PERETTI acteur
Franz KAFKA auteur

Texte : Thierry de Peretti

Un comédien au goût corsé

Dire d'un acteur corse qu'il est une bombe pourrait être mal interprété... C'est pourtant le mot qui vient à l'esprit en découvrant Thierry de Peretti sur un plateau de théâtre. Petit, râblé, vif, le regard clair, le cheveu en bataille, il n'entre pas en scène mais en prend possession, la transforme aussitôt en terre d'aventure où son corps et sa voix conspirent à l'invention d'un monde neuf. Thierry de Peretti joue ces jours-ci au Théâtre de la Bastille Lettre au père, de Kafka. C'est une bonne nouvelle pour les amoureux du théâtre et ceux qui ne le sont pas encore. Deux mots seulement sur ce spectacle fortement mis en scène par un autre comédien, Thibault de Montalembert, qui connaît son ami Peretti comme Richter son clavier : en virtuose. Un début du tonnerre en boule, comme on en voit très rarement et dont il ne faut rien dire de plus au risque de l'affadir. Puis une heure et quinze minutes d'un théâtre où l'engagement physique du comédien et la beauté formelle déployée autour de lui – les sons de Nicolas Baby et les lumières de Jean-Luc Chanonat – éclairent Kafka, sa rage, son humour, sa lucidité, d'un éclat aveuglant. Il y faut de l'intelligence et du coeur, deux qualités que l'on perçoit immédiatement, quand on rencontre Thierry de Peretti. La première fois, c'était au sortir de la première représentation du spectacle, au Carré Saint-Vincent d'Orléans, il y a un mois. Le comédien hésitait, comme souvent en cette circonstance, entre épuisement et excitation. Il a pu lire dans le regard de ceux qui étaient là, professionnels et amateurs mêlés, le message de gratitude qu'il espérait. La seconde fois, c'était il y a quelques jours, à la cafétéria du Palais de Tokyo, toit parisien de l'art le plus contemporain. Il débarquait d'Ajaccio où l'on avait cru qu'il se reposait. Non ! L'homme est infatigable, toujours en alerte. Après avoir joué deux fois Lettre au père devant le public corse, il a assisté à la projection du premier court-métrage qu'il a réalisé là-bas en 2006, Le Jour de ma mort. « Une manière sensorielle et plastique, contemporaine ,de montrer Ajaccio la nuit loin des clichés habituels », explique-til.

Il s'est lancé aussi dans l'écriture du scénario de son premier long-métrage dont le décor sera une fois encore la Corse et la trame, la reconstitution d'un fait divers. Jouer, respiration indispensable Beaucoup l'ont découvert au cinéma pour son rôle dans Ceux qui m'aiment prendront le train, de Patrice Chéreau – « une rencontre essentielle », dit-il aujourd'hui. Il est plus tard lauréat de la bourse Villa Médicis hors les murs en 2001 et reçoit le Prix de la révélation théâtrale du Syndicat de la critique la même année pour sa mise en scène du Retour au désert, pièce de son auteur fétiche Bernard-Marie Koltès. Thierry de Peretti est aujourd'hui homme de théâtre et de cinéma, acteur et metteur en scène, producteur, auteur et chef de troupe. « Cela me permet de doubler ou de tripler les postes d'observation, explique-t-il. Jouer est une respiration indispensable mais je ne cherche pas à trouver une place particulière ici ou là. »
Nouvelle corde à son arc : un travail avec le vidéaste Ange Leccia, corse lui aussi, dans le cadre du Pavillon, laboratoire de création du Palais de Tokyo qui accueille chaque année une dizaine d'artistes à l'issue d'un concours international. Un « poste d'observation » de plus pour le comédien, qui garde toujours un oeil sur le travail des plasticiens. Son obsession ? La lumière, la couleur, la fabrication de formes nouvelles. « C'est fort quand ça circule, quand on découvre un objet à une place inattendue. Sinon, on fait du “produit culturel” ou du divertissement. » Tout le contraire de l'art de cet homme qui a découvert sa passion bien avant le cours Florent, en dévorant, adolescent, la revue Starfix puis en achetant les vidéos qu'elle recommandait. L'île – et cela n'a pas vraiment changé depuis, regrette-t-il – n'avait alors ni théâtre ni cinéma dignes de ce nom. Thierry de Peretti, fils d'une prof et du patron de la Caisse d'allocations familiales de Corse-du-Sud s'est forgé un avenir tout seul dans son coin. Quand on lui demande s'il se sent proche des indépendantistes, la réponse est nette : « Les Corses doivent faire un travail de mémoire impitoyable. Après, peut-être, on pourra parler d'indépendance...» Cela dit, son attachement à l'île est indéfectible. « C'est un endroit très créatif, en résistance parce qu'abandonné. Il y a des plasticiens, des gens de théâtre, des jeunes auteurs, des réalisateurs , les chercheurs de l'Université de Corte. C'est aussi un lieu privilégié pour observer ce qui se passe sur les rives de la Méditerranée. » Thierry de Peretti est aujourd'hui à Paris, pour la première fois seul en scène. « C'est à la fois fatigant nerveusement, car cela interdit tout flottement de la concentration, mais c'est aussi un sentiment vertigineux de liberté. » Le plus fort, le plus exigeant de tous les sentiments.




Source Externe : Le Monde mars 2007.


Inséré le : 08/03/2007 00:00