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La pudeur des icebergs, une glaciale refonte des corps. Libération lundi 23 février 2007.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Daniel Léveillé chorégraphe
Texte : La pudeur des icebergs, une glaciale refonte des corps.
Danse. Le Québécois Daniel Léveillé propose une chorégraphie rude pour six danseurs sur le thème de la nudité.Né en 1952 à Sainte-Rosalie, au Québec, Daniel Leveillé, chorégraphe indépendant, a contribué à défricher des terrains encore peu explorés, comme celui d'une danse théâtralisée, avant d'aller du côté du minimalisme autant que de l'excès. Depuis 2001, le thème de la nudité est à la base des matières et des thèmes de ses dernières pièces.
Principe de répétition. On aurait pu craindre que
la Pudeur des icebergs (2004), présentée en ce moment au Théâtre de la Bastille, en reste à l'exercice de style, passage obligé pour tout chorégraphe contemporain qui se respecte. C'est heureusement un peu plus. Dans ce sextuor pour cinq hommes et une femme, surgissant de la musique de Frédéric Chopin, traitée en fond sonore, la nudité est brute.
Aucun effet d'éclairage ne vient l'enrober ou la dérober. La chorégraphie qui s'appuie sur le principe de la répétition est plutôt revêche, rude. Aucun mouvement continu ou d'ensemble n'emporte une danse segmentaire, qui fractionne le temps et l'espace. Jamais à l'unisson, répartis en trio ou en duo, les danseurs ont la lourde tâche d'interpréter une danse robuste et presque totalement verticale.
Transport. Les sauts sans élan qui retombent sonorement au sol, les attitudes empruntées aux arts martiaux, les pauses figées comme pour un appel : tout semble nous entraîner dans un univers masculin. Pourtant, la présence d'une danseuse (Katie Ewald) qui s'approprie la même partition, démontre qu'ici, il n'est pas question de genre. D'ailleurs les nombreux portés qui rythment la pièce en témoignent. Peu importe qui soulève, ou qui est soulevé. Ce qui est jeu, c'est le transport, pour le coup fort peu amoureux.
Mais que cache cette pudeur érigée de manière droite et glaciale ? La fin du spectacle nous en donne une courte idée en quelques images, notamment celle des corps aplatis au sol les uns sur les autres, sans distinction.
Même la lumière devient alors plus chaude. Les corps aspireraient-ils au magma ? En passant par la fusion, ils pourraient reconstruire alors une autre forme de beauté, peut-être un peu moins glaciale.
Marie-Christine Vernay.
Source Externe : Libération lundi 23 février 2007.
Inséré le : 26/02/2007 00:00