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Note d'intention.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Alexis FORESTIER Metteur en scène
Daniil HARMS auteur
Texte : Note d'intention
Écrite en 1927, dans un contexte d'hostilité de plus en plus manifeste aux propositions esthétiques qui ne s'accordent pas avec le régime, la pièce de Daniil Harms, Elizaviéta Bam a pour toile de fond l'arrestation arbitraire d'une femme par deux individus.
À partir de cette situation se construit un paysage onirique où résonnent les derniers échos d'une avant-garde vouée à la disparition.
À contrario de la tendance productiviste ou propagandiste des écrivains prolétariens de la période post-révolutionnaire, en quête d'une restitution objective de la réalité, Daniil Harms et l'Obériou (Association pour un art réel) croient en la possible émergence d'une langue neuve, libre, mobile, détachée (en apparence) du contexte politique et social et susceptible de rompre avec la syntaxe, de s'attaquer à la rationalité du langage dans une logique proche des premiers futuristes dont ils sont les héritiers. La pièce s'apparente à un livret. Elle offre la possibilité d'une alternance entre le texte parlé et le texte chanté, inclut la présence de moments chorals, de chansons et de séquences proches de la poésie sonore. Dans la continuité de notre travail qui se situe à la frontière du théâtre et de la musique, nous envisageons de créer un environnement sonore où l'écriture et l'approche musicale seront à l'origine du mouvement scénique, détermineront les tonalités de jeu. Le drame est une succession de dix-neuf morceaux (morceau mélodrame réaliste, morceau paysage, morceau à deux plans, etc.), dix-neuf scènes comme autant de possibilités d'explorer des techniques d'expressivité théâtrales différenciées. C'est également à l'élaboration d'une structure d'espace qu'invite le texte de Harms plus qu'à la mise en acte d'une forme narrative. L'espace est en quelque sorte bouleversé. La décomposition du réel en séquences, les ruptures et les mouvements convulsifs du texte induisent peu à peu l'ouverture d'une scène qui libère la figure de ses déterminations spatiales et temporelles.
L'espace scénique auquel nous travaillons se veut être en continuelle métamorphose. Le logis d'Elizaviéta Bam, en tant qu'il est menacé, poreux aux agressions du dehors, perd sa fonction d'abri ou de refuge. Il ne subsiste que le fantasme vague d'une « maisonnette» dont la porte reste close, lueur lointaine et inextinguible de l'âme.
C'est une poétique de l'espace liée à l'imaginaire de la maison que nous touchons à la lecture du texte de Harms ; la ruine d'un espace intime ayant subi une violente intrusion, la logique inconsciente qui en résulte comme le fruit d'une résistance humaine irréductible, la capacité enfin d'un territoire existentiel violé à se reformuler dans l'imaginaire de la langue, à maintenir accessible une région toujours libre.
Le travail poétique de l'Obériou stigmatise l'absurdité et l'effroi de la réalité dont il est issu.
« L'échec de la révolution politique et sociale qui voulait changer le monde frappait l'utopie poétique de non-sens. C'est ce non-sens qui devint le sujet du travail poétique des « Obérioutes » dans leur désir d'atteindre une vérité qu'ils ne pouvaient plus créer de toutes pièces, mais qui était appelée à naître de la destruction des articulations logiques, des liens syntaxiques. Pour qu'advienne désormais la poésie, il fallait casser la prose du monde ».
Gérard Cornio
L'approche de l'écriture dramatique semble contenir cette même exigence, portée par la recherche de nouvelles formes dans la perspective que le théâtre en vienne à parler une langue inouïe.
Notre projet se propose d'aller à la rencontre des questions soulevées par
l'Obériou, concernant le sujet scénique (l'apparition du sens immanent à la représentation, en opposition à tout présupposé d'ordre dramaturgique), le refus de subordonner un événement ou un personnage à une forme dramatique linéaire, le morcellement de la dramaturgie comme possibilité d'explorer des techniques d'expressivité théâtrales multiples au sein d'un même texte, etc.
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Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 21/02/2007 00:00