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Je porte malheur aux femmes, mais je ne porte pas bonheur aux chiens. Le point Jeudi 16 nov 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Joë BOUSQUET auteur
Bruno Geslin Metteur en scène
Texte : Je porte malheur aux femmes, mais je ne porte pas bonheur aux chiens.Comment ne pas sombrer devant une belle saloperie du destin et lutter de toute son âme quand le corps vous abandonne ? Il faut voir ce spectacle de Bruno Geslin qui mêle des lettres de Joë Bousquet, des récits, des aveux arrachés à la nuit, et qui allume des lueurs dans la prosodie la plus sombre et la plus mélancolique qui soit. Le 27 mai 1918, sur le front de l'Aisne, Joë Bousquet est fauché par une balle allemande qui atteint la colonne vertébrale et qui mettra trente-deux ans à le tuer. Mutilé à vie, il songe à mourir, puis choisit d'être écrivain. Vivre autrement, dans l'encre. Aimer davantage. Donner des ailes aux ossements de l'amour. Car son coeur, chaud comme le pain, veut ignorer le naufrage et la dépression qui l'assiège. Il ne cesse de rêver qu'il tombe et qu'il se relève de sa disgrâce, plus large de front et d'épaules, divin. Il ne cesse de rêver à des femmes auxquelles il murmure des choses abominables et douces. Cloué sur un lit, abruti par l'opium, il s'échappe : dans le délire, dans la crudité, dans l'érotisme. La mise en scène nous restitue les frayeurs et les fumées de cette chambre aux volets clos d'où le poète hurle sa douleur d'exister ; on alterne les claquettes et l'effroi ; on coupe la plainte du poète infirme d'images où le corps exulte. A ce jeu-là, Denis Lavant se montre athlétique, inspiré, souverain. Un conseil : mettez-vous dans les tout premiers rangs.
Frédéric Ferney
Source Externe : Le point Jeudi 16 nov 2006.
Inséré le : 17/11/2006 00:00