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Emmène-moi au bout du monde ! par Jean-Michel Rabeux.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Blaise CENDRARS auteur
Jean-Michel Rabeux Metteur en scène

Texte : Emmène-moi au bout du monde !


Claude Degliame et moi sommes depuis toujours amoureux de Cendrars, sa vie son oeuvre, inséparables. Ce spectacle, c'est l'amour que nous lui portons.
Les quatre premiers chapitres de Emmène-moi au bout du monde !..., que nous utilisons avec des coupes naturellement, mais sans ajout de notre part, chantent avec un humour ravageur l'art du théâtre et, plus précisément, l'art de l'interprète. Comment il s'entremêle avec la vie. Et pour entremêler l'art et la vie, Cendrars s'y connaissait plutôt bien.

Nuit agitée pour une vieille, vieille actrice - soixante dix-neuf ans et beaucoup d'excès - dans le Paris d'après-guerre. Quand ça commence, « elle est sous presse » avec un légionnaire. Possédée. Emmène-moi au bout du monde. La vieille femme perd son dentier, prend des gnons. C'est cru et drôle, vraiment drôle. Ridicule, grandiose. De l'hôtel borgne, elle sort à l'aube dans la rue. C'est aux Halles. Dans une vitrine de boucherie, au milieu des têtes de veaux, elle se voit hagarde, l'oeil poché, monstrueuse, monstre qu'il va falloir sacrer à la répétition où elle court, en retard évidemment. Mais cette nuit d'amour lui a fait trouver son personnage, le visage défait « tragiquement laide ».

« La plus grande tragédienne de tous les temps, Thérèse Églantine, s'inspire aujourd'hui du plus haut comique et se moque d'elle-même. »

Avec Claude Degliame, nous tentons cette figure baroque, ce monstre sacrément méchant campé par Cendrars. Une fantaisiste allumée par les planches. Avec sourdine, jurons, éclats de voix, .oeil au beurre noir, costume de reine des chiffonniers.

À toute impudeur il faut sa pudeur. Cette gouailleuse impénitente, comme on a oublié par ces jours propres, cette ravageuse est aussi une mystique secrète de l'art, elle apaise le Minotaure, ou bien l'éveille à son gré d'extravagante loufoquerie, de profondeur inattendue.

Emmène-moi au bout du monde !. c'est le dernier livre de Cendrars, l'ultime, le mal aimé par certains parce que mal sonnant sans doute. C'est vrai qu'il dissone. Il est vieux Blaise, il s'en fout de ce qu'on va penser. Le socialement ou moralement correct est loin, loin, loin, très loin de la mort qui approche.

« J'aime le spectacle. Mais, pauvres humains ! C'est un voyage à sens unique. Drôle de commerce. On ne revient pas. C'est la mort. Un soleil noir. Mais c'est une grande lumière. » (Blaise Cendrars).
Jean-Michel Rabeux


Source Externe : Théâtre de la Bastille


Inséré le : 19/09/2006 00:00