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Nature Morte. Les Inrockuptibles du Mercredi 25 janvier au mercredi 1er février.







Nature Morte.


Le metteur en scène Philippe Quesne se permet le luxe de nous faire marrer avec un sujet grave. Son D'après nature est une fable écologique et musicale jubilatoire. No future ?


Un plateau encastré dans un coffrage rectangulaire de bois blond, au plafond bas, singulièrement encombré d'une série de tentes de camping bleues côté jardin et d'une forêt pétrifiée de branchages côté cour. Voilà, en une image, l'état des lieux de "l'état de nature" envisagé par l'équipe du Vivarium Studio de Philippe Quesne. Sans oublier un nombre important d'instruments de musique : guitares, mandoline, contrebasse, un arrosage électrique et une machine à fumée.
En note d'intention, Philippe Quesne annonce : "A l'aube du XXIe siècle commençant, un groupe d'individus s'inquiète des incertitudes liées aux menaces environnementales et sociales... L'homme se découvre, avec désarroi ou insouciance, confronté à des doutes sur les effets de son action (pesticides, effet de serre, clonage, nucléaire, réduction de Ia biodiversité, etc.) et conscient ou pas d'être responsable de cet état de fait." Il ajoute et conclut : "D'après nature est construit à partir de matériaux hétéroclites, puisant des références et des sources d'inspiration dans la littérature, les sciences, les arts plastiques, la musique, etc."
Ceux qui ont vu les deux précédents spectacles de cet ancien scénographe devenu metteur en scène, la Démangeaison des ailes et Des expériences, savent ce qu'il en est. Sous des dehors légers et fantasques, à la limite de l'anodin et du frivole, Philippe Quesne concocte des élucubrations subtiles et complexes sur des sujets vastes comme l'univers, étudiés à la loupe. Sous les angles les plus surprenants, le rêve d'envol de La Démangeaison des ailes ou le désir de sauver la planète dans D'après nature, l'idée de départ est prétexte à des expérimentations tous azimuts dans le domaine des arts vivants, du processus de création à la représentation. Hölderlin, les cosmonautes, le jardinage ou les fourneaux : tous les moyens sont bons pour explorer cette "thématique nébuleuse" qu'évoque Philippe Quesne et qui s'est imposée pour D'après nature après la série de spectacles Des Expériences, qui se déroulait dans des forêts, parcs, sous-bois, jardins, étangs, édifices désaffectés. Bref,
dans la nature...

Ce qui frappe une nouvelle fois, c'est la légèreté avec laquelle Philippe Quesne met en place ses dispositifs de représentation. Pas de grand discours, de message, de logorrhée ou de pathos, juste une bande de gus aux prises avec un décor - six garçons, une fille, plus le chien Hermès - qui cherchent d'abord où s'installer, finissent par virer les tentes et forment un cercle, privés de feu de bois et dans la pénombre, d'où nous parviennent, par bribes, des murmures. Pas grave, les surtitres, ça ne permet pas seulement de traduire les spectacles en langue étrangère, ici ils parlent vraiment à la place des acteurs, ils supplantent l'action, la devancent ou la rattrapent. C'est presque un
personnage, une voix off, un commentaire... Et c'est par ce biais, pur détournement scénographique d'une convention théâtrale, que leurs paroles nous parviennent. De l'importance des accessoires dans la dramaturgie contemporaine...
Ils se mettent d'accord et répètent la scène qu'ils veulent nous jouer. Le passage de Hölderlin sur la montagne, ça non, on ne l'aura pas, mais on aura les morceaux de musique, symphonie ou guitare ; on aura tout le long du spectacle la mise en place de cette unique scène, sa répétition au sens théâtral du terme, élément par élément jusqu'à sa recomposition finale, tel un puzzle qui se referme sur sa dernière pièce pour délivrer son image.

C'est donc une fable écologique, l'histoire de personnages qui se rencontrent et veulent partir ensemble réparer la couche d'ozone... Une comédie musicale placée sous le signe de la science-fiction avec cette citation de Norman Spinrad, "Le futur qui nous attend est celui que nous créons. Vous feriez mieux d'y croire", et l'avertissement de l'écrivain Alain Dorémieux, dans la préface de son anthologie Futur année zéro : "La fin du monde n'est plus l'invasion des Martiens, la rencontre de notre planète avec un astéroïde fou ou le déferlement des insectes gigantisés. Elle est en filigrane dans l'univers où nous vivons, dans l'air que nous respirons, dans les aliments que
nous absorbons. La fin du monde, si elle devait se produire, pourrait se passer sans fracas, en douceur. Et quoi de plus terrifiant que la douceur ?"
Un lourd bagage de lucidité, qu'ils déposent tout doucement à nos pieds, avec humour. La classe... D'ailleurs, c'est pas pour dire, mais les anciens étaient là, dans le public : Pierre Meunier, Grand Magasin et Christophe Salengro. Comme un signe qui ne trompe pas, la présence de ces fantaisistes et poètes de la scène de part et d'autre de la salle et du plateau.

Fabienne Arvers




Source Texte : Les Inrockuptibles du Mercredi 25 janvier au mercredi 1er février.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Philippe QUESNE (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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