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Les corps fantômes. Revue TOC avril 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Boris CHARMATZ chorégraphe-interprète
Raimund Hoghe chorégraphe-interprète
Texte : Les corps fantômes.Très remarqué aux subsistances, à Lyon, et lors du festival
Les Antipodes, à Brest, le déroutant
Régi, de Borizs Charmatz, interroge avec douceur notre rapport effaré à la technique et au pouvoir. Une réussite.
Le dispositif inaugural tient en quelques mots. Sur le devant du plateau, une machine équipée d'un treuil déroule des bandeaux agrafés aux quatre coins de la cage de scène. Puis elle tire deux corps, bientôt tractés de bas en haut. Alors que l'un des corps à présent au sol se replie sur un tapis roulant [Julia Cima], un troisième fait irruption (le chorégraphe Raimund Hoghe) et s'accroche au corps suspendu (Boris Charmatz). Ces deux derniers, l'un bossu et petit, l'autre athlétique, se découvrent et se recouvrent, geste après geste.
Corps inertes, corps bercés.
La proposition de Boris Charmatz frappe d'emblée le regard : elle expose des corps inertes, corps fœtal ou corps meurtri, corps bercés par une domotique sécurisée ou, au contraire, traînés suivant une mécanique sécuritaire. Le malaise tient à la fois dans l'absence de dépositaire du pouvoir (qui contrôle la rnachine ?) et dans l'ambivalence du statut assigné au corps (quel est son état, sa destination, son histoire ?)
Rapport fantasméDès lors se joue notre rapport fantasmé à la technique et au pouvoir, réticulaire et invisible. Dans ce no man's land inquiétant, le salut vient finalement d'une icône. L'arrivée de Raimund Hogh inaugure un duo couché et assis dans un espace réduit du plateau, et en fait un apprentissage réciproque du toucher, du sentir, habillé puis nu Cette remise à plat, aussi remise de soi, témoigne d'une fragilité ou d'une révolte contenue. Elle Irradie. La proposition sonne comme une rupture (en apparence du moins) dans le propre travail de Boris Charmatz. Le chorégraphe casse traditionnellement la frontalité de la représentation, il enserre le plateau entre les rangées de spectateurs, facilite la circulation du public ou accentue son exil, dévoile l'envers ou, au contraire, restreint le regard. Dans
Régi, nulle extension ni distorsion du champ de vision. Mais le parti pris ne tient pas dans la seule scénographie. Depuis ses premiers travaux
(À bras le corps, Les Disparates), Boris Char rnatz éprouve une danse physique, répétition du geste classique, détraqué, répété, remixé finalement jusqu'à l'épuisement. Ici, les gestes se succèdent sans se confondre, au ralenti, invisibles. Les corps se frôlent, comme des fantômes.
Laurent Geffroy.
Source Externe : Revue TOC avril 2006.
Inséré le : 09/06/2006 00:00