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L'Art de la comédie. La Terrasse mai 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Eduardo DE FILIPPO auteur
marie VAYSSIèRE Metteur en scène
Texte : L'Art de la comédieMarie Vayssière propose une lecture grand-guignolesque de L'Art de la comédie, dont la volonté de démesure s'enlise à force d'effets appuyés.
Sur la relation qui semble toujours pétrie d'incompréhensions entre l'artiste et le politique,
L'Art de la comédie greffe une réflexion à la fois facétieuse et grave sur les pouvoirs du théâtre, entre thaumaturgie et thanatologie. Une forme d'illusion comique tournant au drame puisque théâtre et réalité s'enchevêtrent au point de se confondre entre les larmes et le rire devant le cadavre d'un des personnages. Dindon de la farce : un préfet arrogant et prétentieux, fraîchement installé dans son nouveau poste. Maître des ficelles et ordonnateur des égarements : un directeur de troupe désargenté venu demander au nouvel édile la caution de sa présence pour un soir de première, afin d'inciter les habitants frileux de l'endroit à venir remplir la salle et la caisse du théâtre. Devant le refus du représentant du pouvoir et grâce à la liste dérobée de tous ceux qu'il doit accueillir dans la journée, le comédien va se jouer du politique en remplaçant avec ses camarades saltimbanques ceux qui ont rendez-vous avec lui. Incapable de distinguer le vrai du faux, le préfet en perd la raison.
Démesure pour démesureDatant de 1964, cette pièce de Eduardo de Filippo résonne de façon plaisante aujourd'hui que les questions qu'elle évoque sur les rapports entre l'art et le pouvoir sont d'une tragique acuité. On rit donc de bon cœur en écoutant les premiers échanges entre le comédien et l'homme politique sur le statut et la valeur du théâtre. Néanmoins, les acteurs, installés d'emblée dans un jeu outré aux effets exacerbés, aménagent une ambiance électrique et nerveuse qui s'épuise dans les cris et les gesticulations excitées. Sous pression, la mise en scène ne laisse pas le temps à l'angoisse de s'installer ni à la confusion entre le réel et son imitation l'occasion de véritablement se poser. La danse macabre que chorégraphie Marie Vayssière finit par obnubiler : les dupeurs et les dupés, atteignant un même degré de folie, sont d'une homogénéité dans l'outrance qui interdit bientôt toute distinction entre les différentes strates qui composent ce théâtre dans le théâtre. Résolument débridé, ce spectacle finit donc par abolir la subtile interrogation sur les frontières de la représentation dont la pièce est porteuse.
Catherine Robert
Source Externe : La Terrasse mai 2006.
Inséré le : 01/06/2006 00:00