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Eduardo De Filippo et la moustache de Macbeth. Le Monde 15 mai 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Eduardo DE FILIPPO auteur
marie VAYSSIèRE Metteur en scène
Texte : Eduardo De Filippo et la moustache de MacbethA quoi sert le théâtre ? A quoi servent-ils, ces baladins qui
"sont toujours des originaux, des extravagants, un peu fous, de braves gens ? S'ils vous font perdre du temps, ils vous le rendent en bonne humeur", fait remarquer le préfet fraîchement débarqué dans une petite ville tranquille. Préfet (Miloud Khétib, parfait) bien décidé à commencer sa tournée des personnalités locales par le directeur de la troupe théâtrale (l'inquiétant Pit Goedert). Histoire de se détendre, sans doute. Mauvaise pioche : l'homme de l'art fera déraper le réel tranquille et rassurant du fonctionnaire. Et le nôtre avec.
On le connaît mal en France, cet Eduardo De Filippo (1900-1984) dont la metteure en scène Marie Vayssière a fort opportunément exhumé cette pièce,
L'Art de la comédie (1964). Et si on le connaît, c'est plutôt pour ses rôles dans
L'Or de Naples, de Vittorio De Sica, ou
La Grande Pagaille, de Luigi Comencini. On sait moins que la vie de ce Napolitain, fils naturel de l'acteur et dramaturge Eduardo Scarpetta, se confond avec le théâtre. Né et mort sur les planches, ou presque : acteur, auteur de plus de quarante pièces, metteur en scène, chef de troupe. Il a, comme son compatriote et contemporain Pirandello, plongé dans les vertiges de la vérité et du mensonge. Mais avec un art de la comédie plus populaire, en héritier naturel de la tradition napolitaine.
La représentation qu'en donne la troupe menée par Marie Vayssière aurait mérité d'y aller un peu moins en force. Mais les questions de la pièce - des relations entre le pouvoir et les artistes, et des pouvoirs du théâtre - sont posées avec une ironie et une étrangeté dérangeantes et séduisantes. Au fur et à mesure que cela avance, la comédie devient de plus en plus absurde et grinçante, surréelle, dans une atmosphère tout en teintes sourdes qui évoque de façon subliminale les brunes années mussoliniennes ou les ruines de l'après-guerre. Tout en glissements, aussi : comme si les lignes de la réalité se déplaçaient en permanence. Et comme si celles de l'art devaient être un peu tremblées, décalées, pour mieux offrir une perspective sur ce réel.
Comme le dit Oreste Campese, le directeur de la troupe :
"Quand je me colle lamoustache de Macbeth - je joue souvent Macbeth avec une moustache -, combien de fois ne l'ai-je pas collée un peu de travers exprès ! Car, au théâtre, la parfaite vérité, c'est et ce sera toujours la parfaite fiction." Fabienne Darge
Source Externe : Le Monde 15 mai 2006.
Inséré le : 16/05/2006 00:00