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La reconstitution historique : dire cette tension de la performance.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Christophe FIAT auteur, metteur en scène
Texte : Lors d'un séjour à San Francisco à l'automne 2005, j'ai découvert que le terme de performance recouvrait un champ très large. En effet, alors que je déambulais dans le quartier chaud de la ville sur le Market jusqu'à Colombus, j'ai lu sur les enseignes des théâtres érotiques le terme de performance qui était toujours accompagné de formules racoleuses du type
« Wet and wild » ou
« Put a little lady in your life ». Alors que j'en étais resté à Austin et Derrida, pour qui la performance désigne des pratiques d'écriture, les « speech acts », qui interpellent le lecteur plutôt qu'elles ne communiquent ou ne l'informent, une évidence s'imposait : la performance dans la culture populaire californienne désignait un show qui allait de la représentation la plus triviale (strip-tease) à la plus sophistiquée (Art performance, comme me l'a dit le poète Guy Bennett).
Dans
La reconstitution historique, j'ai voulu dire cette tension de la performance dans toute sa complexité. Ainsi, les corps mis en scène à cette occasion, s'ils ne rentrent jamais dans le cadre du théâtre joué par des comédiens, ne refoulent pas pour autant le corps de l'acteur confronté autant à une économie financière (le performer gagne sa vie avec son art) qu'à une économie libidinale (gagner sa vie n'est possible qu'à exhiber, tel un strip-tease, des zones érotiques), les deux économies se rencontrant ici pour qu'une action fasse oeuvre. Pour ces raisons, j'ai voulu qu'on soit trois (trois hommes) sur le plateau de la performance pour raconter l'histoire d'une femme qui s'appelle Louise Moore. La femme étant ici le plus court chemin pour atteindre le cours même de la performance dans ses effets imaginaires (la performance, aussi live soit-elle, demeure une invention dont le terme de Art performance souligne la parenté avec l'art). Bien entendu, tout ce qui arrive à Louise Moore est politique, au sens où elle est la lointaine cousine de la Justine de Sade ou de quelque figure balzacienne.
Elle n'est femme qu'en tant qu'elle est traversée, telle une héroïne, par des aventures. Alors, voilà, l'histoire commence par la visite de Louise Moore au Camp X Ray sur l'île de Guantanamo pour faire un reportage et l'histoire finie quand Louise Moore est décapitée par des terroristes qui l'ont enlevée. Entre les deux, elle rencontre son ami Bill à New York. Dans cette performance, j'ai voulu interroger autant le statut de la littérature qui raconte des histoires en cinq épisodes que le statut de la parole qui supporte cette littérature sous la forme d'une question à trois entrées : qu'est-ce qui s'écoute, par quels moyens, comment c'est possible ? Ceci, quand le livre - qui est définitivement hors de ses gonds - existe enfin comme objet culturel, qu'à la condition d'être dépossédé du rôle unique qui lui était assigné quand il donnait un cadre à la temporalité d'une histoire, de même qu'il contribuait à sa seule diffusion.
Christophe Fiat
Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 19/04/2006 00:00