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Le préfet terrassé par ses fantômes. Ouest France 13 janv 2006.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Eduardo DE FILIPPO auteur
marie VAYSSIèRE Metteur en scène

Texte : Le préfet terrassé par ses fantômes.

«L'art de la comédie» peut rendre fou. Du moins tel que le pratique Eduardo De Filippo dans cette pièce écrite en 1965 et créée, hier soir, salle Guy-Ropartz, par Marie Vaissière. Tout part d'une discussion de salon, sous les ors défraîchis d'une morne préfecture de province rongée par l'ennui. Le nouveau préfet, à la fois irascible et paternaliste, s'entretient de la vie d'artiste avec un patron de troupe de théâtre, simulant la déférence pour mieux lui tenir tête. Pour De Filippo, le dialogue entre l'homme de pouvoir, pétri d'orgueil, et l'enfant de la balle est clairement voué à l'échec. Le fier préfet déclinant l'invitation à son prochain spectacle, l'artiste lui promet de le rendre chèvre en lui envoyant, un à un, ses comédiens, en lieu et place des notables du coin, venus faire allégeance et présenter leurs doléances au nouveau représentant de l'État. La pièce bascule alors dans un étrange vaudeville, une savoureuse partie de cache-cache dans une préfecture, devenue maison hantée par de drôles de fantômes : le médecin qui vient pleurer sur son sort est-il le vrai ou un acteur ? Et que penser de l'institutrice hystérique, du curé flanqué de son sacristain communiste ou de cette famille de pauvres gens, pas nets du tout, qui embrument encore un peu plus l'esprit du malheureux préfet. C'est qu'on finit par les plaindre (même si on en rit surtout) lui et son chef de cabinet, dévorés par le soupçon, traquant l'imposture à chaque coin du grand mur qui occupe largement le plateau et dont - belle astuce de mise en scène - le simple déplacement modifie l'agencement et l'éclairage de la pièce. Le préfet, joué par Miloud Khétib, finit la mine déconfite, le visage ruisselant et les yeux effarés. Miné par le doute, terrassé par l'illusion et la comédie. Un art qui, au-delà du burlesque, ferait presque froid dans le dos...

Benoit Le Breton.




Source Externe : Ouest France 13 janv 2006.


Inséré le : 11/04/2006 00:00