Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Une expérience sur les corps conducteurs. L'Humanité 14 février 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Héla Fattoumi chorégraphe-interprète
Eric Lamoureux chorégraphe-interprète
Texte : Une expérience sur les corps conducteurs.A Caen, Héla Fattoumi et Eric Lamoureux présentent Pièze (Unité de pression), création pour un duo. Une partition tactile et sonore, un jeu des sens et des sensations.Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, tous nouveaux directeurs du Centre chorégraphique national de Caen, y présentent
Pièze (Unité de pression) (1). Deux danseurs, le Marocain Moutaspha Ziane et le Tunisien Hafiz Dhaoui, vêtus d'un simple caleçon noir entrent en contact, s'empoignent, se cherchent. Seul Moustapha porte des chaussures noires à bout ferré. Son mollet droit est bardé de fils. Le dispositif baptisé « touchemoilophone », un instrument qui n'est pas encore dans le commerce, est dû à Woudi et Isabelle Tat, qui inventèrent pour Philippe Decouflé, lors de l'ouverture des jeux Olympiques d'Albertville, un trio acoustique de trois costumes pour trente danseurs. Grâce au
touchemoilophone, une tension électrique naît des deux corps mis en contact. Transmis en régie via ces souliers conducteurs, l'influx est immédiatement transformé en sons - préenregistrés. Mustapha est le pôle plus, Hafiz le pôle moins. Lorsque les deux partenaires se touchent, des bruits se produisent. Les corps ne dansent plus pour le seul plaisir du mouvement. Ils sont à l'écoute l'un de l'autre, afin de créer, en commun, une partition. Le système est plus contraignant qu'il n'y paraît. Les corps ne sont pas tous innervés de la même façon. Il paraît qu'avec les femmes le courant passe mieux. Et si les cheveux ne sont guère conducteurs, les mains, en - revanche, fourmillent de - terminaisons nerveuses tant et si bien qu'une simple pression de la paume entraînerait une overdose sonore. Ni trop, ni trop peu, la nuque, les coudes, les hanches, les cuisses constituent des morceaux de choix. Avec
Pièze, le corps crie sans que les interprètes aient à ouvrir la bouche. La bande-son, vaste palette, allie bruits feutrés, grincements, échos lancinants. Cela crée une danse en suspens, servie par deux athlètes du geste, qui traquent sous nos yeux les sons les plus doux en se palpant avec tact. Car le thème de Pièze c'est aussi celui de l'
« homosensualité », selon le terme d'une anthropologue citée par les deux chorégraphes. Comme nous l'explique Héla Fattoumi :
« C'est dit à propos de l'amour dans l'islam. Les hommes reporteraient la part de sensualité qui est la leur sur le même sexe, puisque le sexe féminin est inaccessible. » Front à front, torse à torse, cuisse à coude et coude à nuque. L'illusion du duo ne doit pas faire oublier la relation triangulaire avec le
touchemoilophone, où le vrai - référant se dérobe. Ne pas - oublier la vidéo sur écran (images de Benjamin Silvestre) qui ouvre une fenêtre sur l'extérieur, ni la lumière (Xavier Lazarini) tout en clair-obscur.
« Ce sont des éléments très importants pour nous, confient les deux danseurs. Cela nous protège comme un manteau. On est quand même en caleçon. On se sent un peu nus ! » La sensualité s'efface devant la contrainte technologique. Une fois séparés, les deux corps se taisent.
Muriel Steinmetz
Source Externe : L'Humanité 14 février 2006
Inséré le : 10/04/2006 00:00