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Antipodes bouscule les habitudes. Le Monde 12 et 13 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Benoît LACHAMBRE chorégraphe-interprète
Antonija LIVINGSTONE chorégraphe-interprète
Texte : Antipodes bouscule les habitudes.Au festival de Brest Antonija Livingstone pourfend les clichés et Benoît Lachambre joue avec le temps.
Le festival
Les Antipodes de Brest, à l'affiche du Quartz depuis le 7 mars, donne des palpitations. Entraînées, d'abord, par la furieuse résolution avec laquelle les chorégraphes invités se cognent à leurs désirs de dépassement d'eux-mêmes ; ensuite, par l'accélération nécessaire à la vision de la kyrielle de pièces qui s'enchaînent au quartz, mais aussi au Théâtre de l'instant et dans les rues de Brest jusqu'au 18 mars. Le week-end explose avec une douzaine de spectacles au choix. Nouveauté de cette sixième édition, l'opération
« Un deuxième souffle » prend par la main les compagnies bretonnes : elles sont une trentaine en activité sur la région. Toutes ont été invitées à assister au festival ; cinq d'entre elles y sont programmées samedi 11 mars.
Plus que jamais la manifestation lancée en 2001 par Jacques Blanc, directeur du Quartz, reste un laboratoire de sensations qui bousculent les habitudes. Mieux vaut se transformer en éponge pour absorber les propositions à l'affiche. Celle, franche comme un uppercut, d'Antonija Livingstone, en solo dans
The Part, laisse à la fois groggy et pétant la forme. Inconnue en France, cette Canadienne peroxydée pourfend les clichés avec la vigueur d'une bimbo à gros lolos déguisée en Père Noël. Les lolos sont des ballons, le Père Noël ressemble à un bûcheron mal embouché qui couche avec l'extincteur à incendie, mais quels ravages !
Plantée dans la galerie d'exposition, lieu inconfortable qu'elle rend électrique avec trois fauteuils, une bouteille de vodka et deux perruques, Antonija Livmgstone sème le désordre avec un brio de meneuse de revue qui picole sec mais conserve son élégance taillée en biais. Les variations corporelles de cette danseuse et comédienne d'excellence couvrent un large spectre. Il faut la voir, splendidement déséquilibrée, courir sur la pointe des pieds avec la légèreté de celle qui a bu juste ce qu'il faut pour ne pas chuter. La contempler, si sexy, si nature, dans son numéro de « mon cul sur le canapé » qui fait exploser les attaches de son body. L'écouter dans sa partition frénétique de
« Ah ! » qui passe du rot à la jouissance, de l'hébétude au cri de guerre.
Acide, drôle, tout en nerfs et d'une intelligence qui ne la ramène pas, Antonija Uvingstone gifle les stéréotypes féminins tout en signant un hommage vibrant à la scène. Cette puissance du plateau saute aux yeux dans le spectacle
Lugares comunes (« lieux communs ») de Benoît Lachambre, artiste associé au Quartz. La scénographie de Nadia Lauro, un ensemble design d'une vingtaine de fauteuils gris anthracite sur un plancher en bois blanc, pose le cadre faussement serein de cette pièce curieuse et imprévisible.
Les dix interprètes qui composent la communauté, proche de l'entreprise en plein « brain storming », de
Lugares comunes, ont tellement pris d'années-lumière qu'ils ont-les cheveux blancs. C'est très séduisant, artificiel juste ce qu'il faut, ce nuancier argent qui fait basculer dans l'intemporalité. Ces mutants-là dorment beaucoup quand ils ne se livrent pas à des jeux de mains enfantins qui évacuent les discussions. Rythme lent, mollesse volontaire, la relaxation apparente de ce trip invite à une dilatation mentale proche de l'hypnose.
A l'inverse, les corps saisis de spasmes de Bemardo Montet n'en finissent pas d'exploser avec
Coupédécalé, pièce pour quatre danseurs, un guitariste et un plasticien, relecture du spectacle
Ma Lov, créé en 1998. Le chorégraphe riposte au chaos de l'époque par des fulgurances sèches et belles. Transpercée par des textes de Rainer Fassbinder, des chansons en hébreu,
Coupédécalé impose la course d'obstacles comme le seul art de vivre d'une époque hautement accidentée.»
Rosita Boisseau.
Source Externe : Le Monde 12 et 13 mars 2006.
Inséré le : 20/03/2006 00:00