Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Eva Peron revue spectacle.com 20 mars 2006


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

COPI auteur
Marcial Di Fonzo Bo Metteur en scène

Texte : Eva Peron.

En 1952 s'éteignait Eva Perón, rongée par un cancer, à seulement 33 ans. Mort d'une femme, début d'une légende, en Argentine et bien au-delà. Copi, mis une nouvelle fois en scène par le très inspiré Marcial di Fonzo Bo, débusque avec une irrévérence jubilatoire les mensonges sous l'image en papier glacé. Une vivifiante mise à mort d'un mythe.
Eva Perón se meurt et entend bien le faire savoir. Rarement en effet une chambre d'agonisante n'aura aussi effrontément éclaté de vie. D'emblée, la pièce de Copi se démarque d'une reproduction qui se voudrait bêtement fidèle et réaliste des derniers jours d' « Evita ». Bien au contraire, il déboulonne avec entrain la statue de l'idole et tourne sans ambages en dérision le culte de la personnalité absurde entretenu autour de « la petite mère des humbles ». Exit donc l'Eva Perón de carte postale ou de comédie musicale à vocation de panégyrique, et place à une femme devenue la caricature d'elle-même et qui affronte la mort en blasphémant, en fulminant, en vociférant, mi-monstre, mi-diva, campée avec une impudeur réjouissante dans un univers irréel qui a toutes les allures d'un cauchemar kitsch. La mourante se déchaîne donc sans retenue contre ceux qui, à son chevet, organisent toutes babines retroussées la curée imminente. Et ce ne sont que cris, anathèmes et supplications qui fusent contre toute une galerie de personnages plus indignes les uns que les autres : La mère d'Eva, toute prête à fondre sur le cadavre encore chaud de sa fille pour récupérer le code du coffre-fort suisse dans lequel sommeille sa fortune supposée, Perón, mari aussi falot qu'insensible, figure du pouvoir sans substance et sans tripes, Ibiza, l'ex-amant déjà tout tourné vers l'après-Eva et sa quête du pouvoir...
L'orchestration tambour battant de cette danse macabre par Marcial Di Fonzo Bo va jusqu'au bout de l'esprit délicieusement subversif du texte de Copi, sans jamais sombrer dans le grotesque, en maintenant avec brio l'équilibre entre la farce ténébreuse et la tragédie déjantée et cynique. Très bien entouré par ses complices du Théâtre de la Luciole, Di Fonzo assume avec une énergie implacable le rôle-titre, et donne corps à une Eva Perón à la présence dévorante, débordant tous les cadres établis, ceux de la vraisemblance, de la différence des sexes et de la mort. L'utilisation du travestissement pour incarner le personnage d' Evita ainsi que celui de sa mère, loin d'être un gadget creux de mise en scène, revêt ici une force troublante, et même une nécessité impérieuse, totalement en harmonie avec l'esprit de l'œuvre de Copi. Car il faut parfois défigurer les corps, les mythes et les évidences pour les dégager du réseau de mensonges qui les enserre et faire éclater avec crudité leur vérité. Tout comme la mise à nu brutale et volontairement outrancière du culte qui entoure Eva Perón s'avère paradoxalement être le plus bel hommage qui soit., le seul propre à lui restituer une humanité qui ne soit pas de carton-pâte.

Frédéric Eliès


Source Externe : revue spectacle.com 20 mars 2006


Inséré le : 20/03/2006 00:00