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Le festin nu. Les Inrockuptibles du 14 au 20 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Mélanie LERAY Metteur en scène
Pierre Maillet Metteur en scène
Lars NORÉN auteur
Texte : Le Festin nu.Avec Automne et Hiver de Lars Noren, les lucioles font le coup du diner de famille qui tourne au drame. Un Régal.A peine a-t-il le temps de retirer les bas, les escarpins et la petit robe noire toute simple qu'il porte dans
Eva Perôn de Copi que Pierre Maillet se faufile et s'installe entre les spectateurs du Théâtre de la Bastille venus assister - que ce mot est beau, appliqué au spectacle vivant – au deuxième spectacle du
collectif des Lucioles, le sombre et délectable
Automne et Hiver de Lars Norén. De comédien, le voici devenu metteur en scène avec Mélanie Leray, également interprète de la pièce. Ils sont comme ça au
Théâtre des Lucioles, c'est même le principe générateur de ce collectif né sur les tréteaux de l'
Ecole du théâtre de Rennes voici dix ans : les membres en sont tour à tour acteurs et metteurs en scène au gré des projets.
On abandonne d'un coup l'exubérance de Copi pour entrer dans la salle de séjour de Margareta et d'Henrik, les parents d'Ann et Ewa, un soir d'hiver en Scandinavie, pour un dîner qui tourne à la crise familiale. Mobilier Ikea, étiquettes bien en vue, et vie ordinairement normale à l'avenant. Semble-t-il... Temps réel, celui d'un repas avec sa succession de plats, la montée de l'ivresse et l'amplification des affects et tensions charriés par la nuit. Et temps subjectif : celui d'une famille dont chaque membre souffre, remarquablement mis en mots et en dialogues par Lars Norén. Comme une magnifique fleur vénéneuse, la névrose familiale explose sous nos yeux : ce soir-là est spécial, il sort de la banalité, ressort les cadavres du placard et orchestre un étrange jeu de miroirs. La schizophrénie de la grand-mère et les dérèglements d'Ann, la frustration de la mère et sa lucidité désabusée, la tristesse du père, le ventre désespérément vide d'Ewa : toutes ces douleurs s'entrechoquent alors que la conversation tente malgré tout de revenir sur les rails de la normalité et de la décence. Comme dit Margareta à la énième provocation d'Ann :
"Je suis désolée, mais je ne sais jamais s'il faut réagir ou laisser tomber."C'est dans cet entre-deux, cette valse hésitation que se lancent les comédiens des Lucioles avec un humour irrésistible, pourtant peu évident à la lecture d'
Automne et Hiver. Les regards, les postures, les tenues, le débit des voix, tout est
under control et semble suprêmement spontané. D'une précision parfaite et hilarante, les comédiens font exister sous nos yeux le débraillé tendre et mélancolique du père David Jeanne-Comello, l'optimisme factice de la mère pour Catherine Riaux, l'ultrasensibilité rayonnante et à vif d'Ann pour Mélanie Leray, le désespoir glacé tapi sous le masque social d'Ewa pour Valérie Schwarcz.
Ce qu'on ressent, finalement, au sortir du spectacle, Pierre Maillet le décrit quand il parle de Lars Norén :
"On a le sentiment que, dans cette pièce, il n'y a pas de drame à proprement parler. Ies protagonistes ont tous raison et ils ont tous tort. Et c'est quelque chose d'une tendresse énorme. C'est rare de traduire comme ça la justesse des rapports humains, sans forcer le trait, sans voyeurisme." Sans haine, tout simplement. C'est vrai, ça change de l'air du temps.
Fabienne Arvers
Source Externe : Les Inrockuptibles du 14 au 20 mars 2006
Inséré le : 17/03/2006 00:00