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Matrice pour notre trio par Boris Charmatz.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Boris CHARMATZ chorégraphe-interprète

Texte : Matrice pour notre trio

La chorégraphie s'élabore aussi sans Raimund Hoghe, parce que la pensée suffit. Parce que nous avons à la fois totalement besoin de lui et sommes néanmoins totalement indépendants, dès lors que nous avons effectué cette sorte de projection mentale qui l'a placé en ligne de mire.

(des insultes sont transformées en chorégraphie méditative...)

La chorégraphie touche des corps inertes, à l'aide de quelques machines simples...

Les deux autres sont non loin, en permanence, mais le mouvement s'engage dans une sorte de résolution où un seul d'entre nous possède toujours la totalité.

(cette pièce aurait pu s'appeler Travail Famille Patrie ; dans les insultes, il y a, à la fois de ceci et de cela - de la famille retoquée, des adresses à l'étranger, et des problèmes de travail, de fainéantises supposées...)

(pour être juste, la pièce s'appelle maintenant régi, parce que toute la chorégraphie est une sous-chorégraphie... en dessous de ses interprètes qui l'absorbent et la rendent inutile, en dessous des insultes qui la génèrent en auto-affectant le corps de « celui qui dit », en dessous des machines qui créent la chorégraphie instantanément...)

La chorégraphie est déléguée à des puissances plus fortes. La « régie » essaye d'exister malgré l'évidence de sa faiblesse. Le mode est mineur.

Le toucher a lieu aussi sous une ÉGIDE,
l'égide d'une sorte d'exercice absurde, impossible, mais qui a le mérite de faire se toucher les extrêmes.

Être régi :
Je veux chorégraphier pour Raimund Hoghe, mais il avale les gestes. Je lui fais confiance pour être en quelque sorte un
« média », une surface de projection qui filtre tout ce qui passe par lui. Je nourris ce média de tout ce que nous ne saurions faire seuls.

(la particularité de cet interprète est sûrement, comme pour tous les interprètes, mais de manière plus cruciale ou visible, qu'il filtre et mange une chorégraphie qui ne peut, au mieux, que le traverser. Mais est-ce que la chorégraphie ne bute pas toujours, et ici de manière évidente, sur qui l'interprète ?)

Être régi :
Le mouvement de l'un dépend totalement de ce que l'autre a dans la tête.

Être régi :
Accepter un instant de ne pas être dans le « réagit ! » des manifestations que les turpitudes politiques nous poussent à adopter quotidiennement. Suspendre de façon provisoire des gesticulations politiques vitales.

être régi :
Il y a un écart entre l'écriture et son acte, et cet écart est un gouffre.


Boris Charmatz



Source Externe : Théâtre de la Bastille.


Inséré le : 16/03/2006 00:00