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Ceux qui cherchent et ceux qui trouvent. L'Humanité 13 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Boris CHARMATZ chorégraphe-interprète
Texte : Ceux qui cherchent et ceux qui trouvent.Performances, avant-garde, installations vivantes... Au quartz de Brest, les Antipodes se poursuivent jusqu'au 18 mars, sous le signe revendiqué de la modernité, dans toute sa diversité.
Cette année, les Antipodes, organisées par Jacques Blanc, directeur du Quartz de Brest, décalent ouvertement la danse en l'ouvrant à des dramaturgies audacieuses et contrastées : performance avant-gardiste et jouissive avec la Canadienne Antonija Livingston ; installation vivante étreignant l'obsession de la mort (Rizzo) ; corps inertes crochetés par une grue infernale (Charmatz, voir ci-dessous) ; pointes et béquilles pour un sabbat libertaire (Raphaëlle Delaunay) ; colloque de corps-fiction sous hallucinogènes (Benoît Lachambre) (1).
Raphaëlle Delaunay d'abord, présente
l'Échappée Couly, seconde version d'une oeuvre donnée aux Antipodes l'an dernier. L'artiste, rompue à la danse classique (École de l'Opéra de Paris, Royal School Academy de Londres), passée chez Pina Bausch et Jiri Kylian, interprète d'Alain Platel dans
Wolf, choisit de danser là où on ne l'attend pas. Elle promène cette fois le public entre scène et coulisses. C'est là qu'on la voit faire ses pointes sur un tapis glissant. L'échauffement, sans concession, exprime douleur et soumission. Hors d'haleine, elle réclame l'épaule d'un spectateur pour souffler un peu. Raphaëlle Delaunay, qui aime les entorses à la règle, joue maintenant les ouvreuses, nous invite à la suivre dans la salle sous une rafale d'applaudissements préenregistrés. Au centre, elle est rejointe par Grégory Kamoun Sonigo et Mani Asumani. Ces danseurs, aguerris à d'autres pratiques que la seule discipline classique, exécutent des gestes qu'on dirait venus de la capoeira. La bande-son élargit le public assis en tailleur. En lieu et place de la grâce académique exténuée de Raphaëlle Delaunay, l'un des danseurs joue les culs-de-jatte, tandis que l'autre claudique sur une béquille.
Après cette Échappée Couly, nous voici plongés dans les Lugares Comunes (Lieux communs) du Canadien Benoît Lachambre. L'artiste, en résidence au Quartz, convie une vraie communauté d'interprètes (ils sont quatorze) sur scène. Ils viennent du Canada et d'Europe (Essen, Vienne...). Dans un décor très science-fiction en noir et blanc, quelques danseurs immobiles sont allongés, raides, sur des fauteuils en cuir. On dirait des robots débranchés. Des plages d'ombre et de lumière balaient alternativement salle et scène. Cela induit un certain état, mélange d'hypnose et de flottement. Seuls les sièges, une quarantaine, bougent et se rapprochent imperceptiblement du centre. L'humain, l'objet seraient-ils mis à égalité entre eux ? Benoît Lachambre fait plus. Il prend ici l'exact contre-pied de tant de spectacles gavés d'images et de vitesse sans objet. Lui choisit le silence, la lenteur. Il met en jeu des êtres purgés de toute hystérie, aussi nerveux que des légumes disciplinés qui s'endorment sur ordre. Ces créatures cherchent ensemble quelque chose qui serait de l'ordre du mouvement, de l'action.
Pour ce faire, ils se mettent en tas, puis « dansent », certains par saccades, d'autres de manière fluide, d'autres encore vaguant au ralenti. Puis ils entament un vrai conseil d'administration du geste, avant de voter à main levée. De ces corps apparemment neutres sortent paradoxalement des voix dotées de volonté. C'était bien au début mais ça traîne en longueur et la démonstration devient fastidieuse.
Beaucoup de pep en revanche dans la performance de la Canadienne Antonija Livingston, découverte en France chez Lachambre, justement. Sa création, intitulée
The Part, montrée dans la galerie du Quartz, s'excite par degrés. Seule en scène, elle joue plusieurs personnages à la suite. À commencer par une sorte de scénographe vaguement danseuse, en collants noirs et perruque. Elle ne tient pas en place, nous quitte à tout moment pour chercher, dans les coulisses, un élément du décor. Chaque geste à peine livré semble suivi d'une hésitation sans fin, si bien que ne pouvant ni s'asseoir ni se lever, elle oscille entre deux désillusions. Elle se fait aussi père Noël, barbu, ventru. Antonija Blonde, frêle, ravissante, pousse un cri interminable savamment modulé, qui tient à la fois du rire, du râle amoureux, du cri primal, du halètement de la femme en gésine, du dernier soupir. La hardiesse de l'exécution, les changements de régime sur scène sont dignes d'éloge.
Christian Rizzo, chorégraphe associé au Quartz, crée
Jusqu'à la dernière minute on a espéré que certains n'iraient pas. Sur le plateau Rizzo, en deus ex machina, dispose au sol des boules de pétanque argentées. Ce pourrait être des planètes organisées par un géant. À jardin, quatre instrumentistes balancent leurs décibels (contrebasse, batterie, électro, lumière). Il n'y a pas de danse à proprement parler. Il s'agit d'un voyage visuel, parfois traversé par la figure sanguinolente d'un accidenté de la route, thème ô combien récurrent dans son parcours.
Muriel Steinmetz.
Source Externe : L'Humanité 13 mars 2006.
Inséré le : 14/03/2006 00:00