Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Lucioles et autres coléoptères. L'humanité 13 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
COPI auteur
Marcial Di Fonzo Bo Metteur en scène
Texte : Lucioles et autres coléoptères Eva Peron croquée par Copi et Automne et Hiver de Lars Noren : La compagnie des Lucioles met les bouchées doubles au théâtre de la Bastille. Et ça fonctionne.
Blonde platine, ongles vernis rouge sang, robe de mousseline blanche froissée et malmenée, habillée/déshabillée, elle s'enroule dans les draps, roule sur son lit, hurle après son infirmière, après sa mère, après son président d'époux qu'elle traite de tous les noms d'oiseau. Elle, c'est q
Eva Peron (1), interprétée par Marcial Di Fonzo Bo. Officiellement, la première dame d'Argentine agonise. Officieusement, elle met en scène sa propre mort jusque dans le moindre détail. Copi, dessinateur, écrivain, acteur, avait écrit cette pièce en français qui plonge le spectateur dans les arcanes du pouvoir, cet envers du décor fantasmé.
Trésors de la langue argentineSon compatriote Di Fonzo Bo a choisi, ne serait-ce que pour sa musicalité, de la monter en espagnol, en porteno plus exactement tant la langue argentine recèle de trésors cachés en matière d'insultes que le castillan ignore. L'Argentine voue un culte, incompréhensible ailleurs dans le monde, à deux personnages « clés » de la deuxième moitié du XXe siècle : Eva Peron et Diego Maradona. L'Argentine est aussi le pays qui compte le plus grand nombre de psychanalystes par habitant. N'y voyez là aucun rapport. Juste une information. Donc Eva Peron, fille et femme du peuple dont la popularité ne s'est jamais démentie de son vivant, encore moins après sa mort. Copi imagine son agonie à la démesure du personnage. Enfermée à triple tour dans ses appartements avec son entourage immédiat qu'elle tyrannise à volonté, ce sont les rapports avec sa mère qui, ici, focalisent toute notre attention. Fille et mère (cette dernière interprétée par Pierre Maillet, l'une des chevilles ouvrières de la compagnie des Lucioles) se livrent au jeu de la cruauté avec une brutalité dans le propos aussitôt noyée par de la fausse compassion, de l'auto-apitoiement, un chantage affectif pour obtenir, avant la mort d'Evita, la combinaison du coffre-fort en Suisse. C'est drôle et pathétique, totalement loufoque et kitch. C'est mené tambour battant par deux acteurs complètement délurés qui se livrent là à un numéro de duettiste des plus extravaguants.
Changement de décor et de continent avec
Automne et Hiver (2) du Suédois Lars Noren, mis en scène par Pierre Maillet et Mélanie Leray. Un huis clos familial oppressant, une sorte de
Festen durant lequel non-dits et règlements de comptes vont éclater, entre la poire et le fromage. Les acteurs jouent avec précision, évoluant dans un décor tout droit sorti de cette grande surface du meuble prêt à monter suédoise qui affiche les prix sur des étiquettes joliment accrochées à chaque meuble. Le jeu des comédiens, précis, dynamique, suffisamment distancié permet de souffler, et même de rire, malgré le mal-être qui s'installe peu à peu entre les personnages, entre les soeurs que tout semble opposer, entre la mère et le père. Les masques volent en éclats mais rendez-vous est pris, pour le repas dominical suivant.
Un plaisir évident à jouerAprès
les Ordures, la ville et la mort de Fassbinder,
Mes jambes si vous saviez, cette fumée de Pierre Molinier (ces deux spectacles furent présentés au Théâtre de la Bastille), la compagnie des Lucioles, le collectif des Lucioles serait-il plus juste d'écrire, issue de la première promotion de
l'École du théâtre national de Rennes, poursuit son travail en direction des auteurs contemporains. Chacune de leur mise en scène dégage une énergie ravageuse, une intelligence et une impertinence jubilatoires. Sur scène, les acteurs prennent un plaisir évident à jouer. Ça a l'air simple, mais c'est si rare de nos jours.
Marie-José Sirach
Source Externe : L'humanité 13 mars 2006
Inséré le : 14/03/2006 00:00