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Moteur! Les Inrockuptibles du 8 au 14 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Boris CHARMATZ chorégraphe-interprète
Raimund Hoghe danseur
Texte : Moteur!Aux Subsistances de Lyon, Boris Charmatz a dévoilé Régi et ses étranges machines à danser. Femand Léger, traumatisé par la guerre de 14 – il fut mobilisé comme sapeur -, ne cachait pas sa fascination pour la machine ; il signa en 1924 le
Ballet mécanique avec cette volonté de détacher
"l'art de tout sentimentalisme". Film manifeste dont il ne cessa de changer le montage tout au long de sa vie.
La mécanique de
Régi repose en partie sur deux machines sophistiquées, imaginées par Alexandre Diaz. La première, avec force moteur, poulie et cordage, a des allures de grue de plateau. Ce sourd moteur ronronne durant les cinquante minutes de
Régi, seulement recouvert par un
Billie Jean désossé (dont on n'entend que le beat et la voix, pour le coup atone, de Michael Jackson) et, plus tard, une bordée d'injures.
La machinerie se met en branle : le cordage qui parcourt la salle se tend puis s'enroule. A un bout, un corps, celui, menu, de Julia Cima, qui finit suspendue. A l'autre, celui plus lourd de Boris Charmatz. Même "pendaison" qui prend des allures de ballet dans les airs. La vision des deux danseurs ainsi accrochés est des plus troublante. En ces temps de sévices généralisés sous couvert de lutte aux extrémismes de tout bord, on ne regarde plus ce fatras humain de la même façon ; dès lors, Régi ne va pas cesser de déporter son public d'un extrême à l'autre, un non-choix chorégraphique qui est son enjeu.
Et sans doute sa faiblesse.
Le troisième danseur n'est autre que Raimund Hoghe, dramaturge et chorégraphe allemand au passé à vif. Il avait invité Charmatz il y a peu à participer à ses Histoires de danse. Ce compagnonnage se poursuit, bien que, de l'aveu même de Charmatz,
"Hoghe avale les gestes. La particularité de cet interprète est sûrement, comme pour tous les interprètes, mais de manière plus cruciale ou visible, qu'il filtre et mange une chorégraphie qui ne peut, au mieux, que le traverser. Mais est-ce que la chorégraphie ne bute pas toujours, et ici de manière évidente, sur qui l'interprète ?" Régi n'apporte pas de réponse : en lieu et place, on découvre ce corps à corps, habillés puis nus, d'hommes.
Hoghe, fragile fantôme pas tout à fait à sa place ; Charmatz, Narcisse assumé s'exposant au centre du plateau. Quant à Julia Cima, comme extérieure à l'action, elle lutte avec un tapis qui s'esquive sous elle et finit par la rejeter au bas de la pente.
Régi se laisse apprivoiser - ou pas ! Dans la lumière claire-obscure imaginée par Yves Godin, les machines à danser finissent par avaler le geste même. Ces corps vaincus et glorieux sont, un peu, les nôtres.
Philippe Noisette
Source Externe : Les Inrockuptibles du 8 au 14 mars 2006.
Inséré le : 09/03/2006 00:00