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Le rire désespéré de Copi,
la folie totale d'"Eva Peron". Le Monde 5 et 6 mars 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
COPI auteur
Marcial Di Fonzo Bo Metteur en scène
Texte : On ne verra pas
Eva Peron au Festival d'Avignon, où l'acteur et metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo présentera deux autres pièces de Copi,
La Tour de la Défense, avec laquelle il a connu un triomphe en 2005, et
Loretta Strong, une nouvelle production. Il faut dire que cette
Eva Peron a déjà beaucoup vécu : elle arrive au Théâtre de la Bastille au terme d'un voyage de cinq ans.
D'abord, Marcial Di Fonzo Bo l'a mise en scène à Santiago, au Chili, en 2001. C'était la toute première fois que la pièce était jouée en Amérique latine, où elle a ensuite tourné. Puis, en 2005, Marcial Di Fonzo Bo en a donné une nouvelle version, avec des acteurs franco-argentins, à Buenos Aires, la ville où l'auteur est né en 1968, avant de venir en France en 1987, l'année même où Copi est mort à Paris. C'est cette version que l'on peut voir.
Tous les comédiens parlant français, Marcial Di Fonzo Bo s'est demandé dans quelle langue il devait jouer la pièce. Il a finalement choisi l'espagnol, ce qui donne une chose très particulière : le texte de Copi est surtitré en français, la langue dans laquelle il a été écrit. Et c'est un peu gênant parce que, même pour ceux qui connaissent bien la pièce, quelque chose se perd. Chez Copi, tout va très vite et se joue dans la collusion ou l'hiatus entre les mots et le jeu : ce temps de réaction est ralenti par le passage du regard du texte à la scène.
En revanche, entendre Copi en espagnol avec la pièce qui le rapproche le plus de ses racines donne une tonalité encore plus noire et folle à la pièce. Car cette pièce est une folie totale. On y voit Eva Peron vivre ses dernières heures dans le palais présidentiel. Dehors, l'Argentine est suspendue aux nouvelles, attendant l'annonce de la mort. A l'intérieur, Evita s'acharne à ne pas vouloir mourir, entre sa mère qui essaye par tous les moyens de lui tirer les numéros de ses comptes en Suisse, l'infirmière qui la "shoote" à la morphine, Peron qui se réfugie derrière une migraine pour ne rien voir, et Ibiza, un jeune loup qui prépare la suite de sa carrière.
De ce tango morbide et érotique pour une icône déchue, Marcial Di Fonzo Bo donne une vision où le travestissement règne comme un bras d'honneur au destin, au sexe, au pouvoir et à l'argent. Lui-même joue Eva Peron, folle perdue dans son vison blanc et ses fantasmes cinglants, flanquée d'une mère jouée par Pierre Maillet, un comédien qui se travestirait tout naturellement même devant le pape. Ils sont hallucinés et hallucinants. A travers eux, on n'entend pas seulement le texte, mais aussi un rire désespéré et libératoire : celui qui traverse tout le théâtre de Copi.
Brigitte Salino.
Source Externe : Le Monde 5 et 6 mars 2006.
Date de publication : 05/02/2007
Inséré le : 06/03/2006 00:00