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Sur un nerf de famille. Libération 3 mars 2006.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Pierre Maillet Metteur en scène
Lars NORÉN auteur

Texte : Sur un nerf de famille
Théâtre. «Automne et hiver» de Lars Noren à la Bastille.

Ils sont déjà à table lorsque les spectateurs prennent place. La mère, le père et les deux filles. Il y a du vin dans les verres. Et, comme dans tous les repas de famille, ça parle dans tous les sens. Le décor est celui d'un intérieur bourgeois standard : un canapé avec, sur une petite desserte, un service à café, des lampes, une grande table, deux téléviseurs...
Tout est blanc et chaque élément du mobilier porte encore l'étiquette avec le prix, jusqu'à la photo de paysage. On se croirait dans la vitrine d'un grand magasin. Et quand on tend un peu l'oreille, on se rend compte que la conversation des quatre personnages se répète depuis un moment.

Ebranlé. Une bonne idée qu'ont eue Pierre Maillet et Mélanie Leray, qui signent avec Automne et hiver, du dramaturge suédois Lars Noren, un spectacle différent de ceux auxquels les Lucioles nous ont conviés jusque-là. Notamment Eva Peron, qui se joue juste avant dans la grande salle du théâtre de la Bastille. Cette entrée en matière, façon générique, dans la violence familiale fait rétrospectivement sens avec la fin du texte. Où, après s'être lancé les pires vacheries à la figure, chacun repart comme il était venu et reviendra sûrement. Seul. Comme s'il pouvait se dire les choses les plus terribles sur la scène familiale sans que sa géométrie en soit affectée, même si chacun s'en trouve un peu ébranlé.
La dernière scène qui prend le temps de finir avec le père qui regarde les photos et la mère en ombre chinoise qui se démaquille comme chaque soir nous laisse dans un drôle d'état de désolation. Et assez remué par ce théâtre qui vient farfouiller dans nos histoires de famille, d'autant qu'il se joue en grande proximité avec les spectateurs. Le contenu, quand il plonge dans le psychodrame, peut rebuter et les personnages sembler caricaturaux, sans que cela apparaisse clairement comme un parti pris de l'auteur.

Monstruosité. Mais, par moments, le texte s'échappe du réalisme un peu comme chez Ibsen, auquel le texte fait d'ailleurs référence pour partir heureusement en vrille. C'est ce que Pierre Maillet et Mélanie Leray nous font très bien entendre par l'espace hyperstandardisé qui contraste avec un jeu incarné, presque classique. Il n'y a plus ces masques et ces perruques qu'affectionnent d'ordinaire les Lucioles. Mais, au contraire, l'apparence d'une normalité à peine soulignée. Catherine Riaux, qui interprète la mère, force joyeusement le trait de la monstruosité, tout en maniant la nuance et opère ainsi une mise à distance salvatrice.

Maïa Bouteillet



Source Externe : Libération 3 mars 2006


Inséré le : 03/03/2006 00:00