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Une bête de scène. Les Echos 17 Fév 2006.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

COPI auteur
Marcial Di Fonzo Bo Metteur en scène

Texte : Une bête de scène.

Marcial Di Fonzo Bo est l'un des acteurs les pus puissants de sa génération. Passant à la mise en scène, il donne une nouvelle vie à l'œuvre caustique de Copi qu'il refuse de réduire à la seule expression de l'humour argentin.

Avec une carrure d'athlète, une pointe d'accent et un tempérament de bête de scène,
Marcial di Fonzo Bo est devenu, en quelques années, l'un des acteurs les plus remarqués du théâtre français. Il a été l'interprète de grands spectacles de Matthias Langhoff, Claude Régy, Olivier Py, Rodrigo Garda, Luc Bondy... Au cinéma, on l'a vu dans plusieurs films, dont « Peau neuve », d'Emilie Deleuze. Cet Argentin est arrivé à Paris il y a moins de vingt ans. Il adore Paris, il adore Avignon où, à vingt-cinq ans, il stupéfia les festivaliers par son interprétation barbare du « Richard III», de Shakespeare. La voie qu'il a empruntée s'est élargie : il fait de la mise en scène, intègre à ses spectacles les techniques de la palette graphique ; il va jouer dans quelques jours sa propre mise en scène d'« Eva Peron », de Copi (en espagnol surtitré, pour revenir de temps en temps à la langue de ses origines), et il prépare un cycle de spectacles de Copi qui sera donné à Avignon cet été (*).
Les cheveux bruns dont la masse coiffée en avant dessine la pointe d'un heaume, il s'exprime avec la douceur d'un boxeur au repos. Délicat à la ville, déchaîné à la scène ! Adolescent, il faisait déjà du théâtre à Buenos Aires (« du théâtre de cave, de résistance »), ne savait presque rien de son oncle Facundo Bo - acteur vedette de la troupe d'Alfredo Arias à Paris -, et décida de s'exiler en France pour exercer vraiment le métier de comédien, difficile et discrédité dans son pays. Arias lui fit obtenir sa première carte de séjour en le prenant avec lui comme... technicien. Le jeune homme apprit méticuleusement le français qu'il ne connaissait pas et gagna Rennes, où il suivit les cours d'art dramatique de l'Ecole du théâtre national de Bretagne. Là, avec des camarades, il fonda la troupe des Lucioles, qui existe toujours et dont les différentes individualités inventent des spectacles déjantés et toujours un peu musicaux.

« Pas d'étiquette ! »
Marcial di Fonzo Bo est toujours une « luciole », mais il a tant joué en dehors de son clan, appartenu à tant d'équipes différentes !
Une telle diversité d'interprétation l'empêche de théoriser. « Surtout pas d'étiquette ! », dit-il. L'endroit du théâtre, c'est là où tout est possible, tout reste ouvert. Après chaque spectacle, il faut abolir toute théorie pour trouver une nouvelle forme. Par ailleurs, c'est une activité de sportif de haut niveau. Cela demande une énergie incroyable. « Je ne faisais pas de sport, mais j'en fais désormais pour garder cette énergie et parce que dans l'une des pièces de Copi à venir, « Loretta Strong », je voudrais voler. » Mais il ne nous révélera pas par quel moyen il entend échapper aux lois de la pesanteur...
Il est à présent metteur en scène d'un certain nombre de spectacles, dont « La Tour de la Défense », de Copi, qui fit un triomphe la saison dernière à Bobigny et sera repris dans le cycle avignonnais; «Je me considère plutôt comme un meneur de projet, quelqu'un qui prolonge son métier d'acteur, qui a une idée et la partage - d'ailleurs, je finis toujours par jouer dans les pièces que je décide de monter en disant que je ne les jouerai pas! ».

Le plus grand serviteur
Çopi est au cœur de ce qu'il aime, Il n'a pas découvert à Buenos Aires l'auteur de théâtre et romancier argentin, qui. fut surtout connu comme dessinateur de presse (« La Femme assise » dans « Le Nouvel Observateur » et dans « Libération »). Copi et son insolence gay furent longtemps 'interdits dans son pays. Di Fonzo Bo en eut la révélation en France, en cherchant ses livres chez les bouquinistes, en un temps où l'auteur d'« Eva Peron» était peu réédité. Le jeune acteur en est aujourd'hui le plus grand serviteur: « Deleuze disait de Copi que cet humour ne pouvait venir que des Argentins et des Juifs. Je crois que Copi ne se serait pas laissé circonscrire à ce cadrage, à la définition de l'humour du presque rien, à celle du délire ou à celle de l'absurde. Ce que j'aime, c'est son moyen de communication avec le monde par l'humour. Il lisait Tchékhov, Tennessee Williams, Gertrude Stein... Il était empreint de théâtre européen et avait un peu de mépris pour son pays. Mais, bien entendu, « Eva Peron » parle de l'Argentine. C'est même une bombe politique, l'œuvre pour laquelle Copi est né, où l'on trouve toute sa vie, celle de sa famille, qui fut persécutée pendant le régime de Peron, et toute sa plume débridée ! »
Di Fonzo Bo a dans la gorge et dans sa présence noueuse une force de conviction rebelle qui le relie, où qu'il soit, Au « théâtre de cave » de ses débuts.
GILLES COSTAZ


Source Externe : Les Echos 17 Fev 2006.


Inséré le : 23/02/2006 00:00