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Brimer les fantasmes peut entraîner des passages à l'acte. Le Monde 4 Février 2006.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Gisèle VIENNE Metteur en scène

Texte : Brimer les fantasmes peut entraîner des passages à l'acte.

Entretien avec Catherine Robbe-Grillet, maîtresse SM et actrice de théâtre.


Catherine Robbe-Grillet, 74 ans, joue dans Une belle enfant blonde, spectacle remarquable de la chorégraphe Gisèle Vienne présenté au Théâtre de la Bastille, à Paris, jusqu'au 12 février. Petite robe cintrée noire, lunettes cerclées en métal, Catherine Robbe-Grillet, alias Jeanne de Berg, maîtresse SM, fait merveille dans un registre suave et dominateur. Il y a quarante-cinq ans, après deux ans de scène, celle qui se pensait trop petite pour le théâtre avait choisi le mariage avec Alain Robbe-Grillet.

Pourquoi collaborer avec une jeune artiste comme Gisèle Vienne ?
Il m'arrive de collaborer avec des chorégraphes par plaisir et intérêt intellectuel. En 2005, j'ai participé au spectacle Secret Service, du Berlinois Félix Ruckert, également intéressé par la fantasmatique sado-masochiste. Ce type de travail est proche de mes préoccupations personnelles. Je suis loin de la consommation féminine tendance "Comment battre votre mari" ou "Comment se servir d'un fouet".
J'organise des cérémonies SM privées, et la pièce de Gisèle résonne avec mes mises en scène. J'en écris les scénarios à partir d'un poème, d'un décor. Il y a ce halo personnel qui joue dans le travail avec Gisèle. Elle a aussi fait appel à moi pour ça.
Participer à ce spectacle qui traite de la sexualité et de la mort représente-t-il pour vous une forme de reconnaissance de votre pratique SM ?
Oui et non. Le personnage me ressemble, mais le spectacle n'est qu'un jeu. J'ai vécu des choses autrement violentes. C'est vrai que lorsque je donne des gifles au jeune homme, je donne vraiment des gifles. Lorsque je joue avec le verre cassé, j'essaie d'être le plus proche de la réalité et de la menace. Mais il n'y a pas de danger, on reste dans la représentation et le symbole. Il n'y a pas non plus d'émoi érotique, puisque le théâtre n'est pas fait a priori pour ça.
Quelle relation entretenez-vous avec les poupées habillées en collégiennes qui occupent le plateau ?
Je mesure la même taille : 1,49 m. A travers les poupées, je me revois jeune. J'ai longtemps porté des jupes plissées et des chaussures plates. J'ai toujours aimé jouer les petites filles. L'écrivain Vladimir Nabokov m'avait même proposé d'interpréter Lolita.
Ma taille m'a toujours fait paraître plus jeune. A 20 ans, j'en paraissais 12. Pour toutes ces raisons, je ressens une grande proximité avec ces poupées. Elles sont des marionnettes, mais elles m'écoutent, me regardent. L'une respire lorsque je la mets en marche. Je respire ensuite à la même cadence et il s'opère une sorte d'identification. Lorsque je l'arrête, d'un coup sec, je la mets à mort symboliquement.
Gisèle Vienne vous a rencontrée après avoir lu les livres d'Alain Robbe-Grillet. Quelle est l'influence de ce dernier dans la pièce ?
Il est très présent. Je reconnais son jeu avec les fantasmes, en particulier de l'adolescente. Robbe-Grillet propose des situations SM qu'il désamorce en permanence. On croyait que la situation était vraie, et finalement c'était un jeu. Le problème est là : doit-on brimer les fantasmes ou les laisser éclater ? Les brimer peut entraîner des passages à l'acte dommageables, alors que les théâtraliser peut amener à ne pas les confondre avec la réalité.
Je retrouve aussi chez Gisèle Vienne le fait que toute vérité est impossible, que les choses ne sont pas univoques. Un détail : le verre cassé, thème SM par excellence, est présent dans tous les films d'Alain.

Propos Recueillis par Rosita Boisseau.



Source Externe : Le Monde 4 Février 2006.


Inséré le : 03/02/2006 00:00