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Eva Peron. La Terrasse Fev 2006.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
COPI auteur
Marcial Di Fonzo Bo Metteur en scène
Texte : Eva Perón
Marcial Di Fonzo Bo exalte la bouffonnerie macabre de la pièce de Copi. Une réussite.
Blonde égérie des descamisados, sainte baroque donnée en hosties analgésiques par la dictature populiste péroniste : Evita, starlette ambitieuse et habile tribun béatifiée par le destin, scintille toujours au panthéon des idoles argentines malgré la poussière du temps. Copi, exilé dans la pampa parisienne et qui croquait le monde à coups de crayon iconoclaste, immortalisa à sa façon la madone vénérée du petit peuple, assassinée le 26 juillet 1952 par un cancer, à 33 ans. Ecrite en 1969, alors que la fumée des cierges à la gloire de l'icône embuait encore le pays des gauchos, sa pièce sacrilège tient de la farce macabre et du cauchemar boulevardier. Eva, blindée à la morphine, lutte avec la mort dans son bunker présidentiel, tandis que la piétaille émue piaffe au dehors et que les militaires montent la garde. Harcelée par sa mère, vieille gigolette revenue dare-dare de sa villégiature sur la Côte d'azur pour lui extorquer le numéro de son coffre-fort en Suisse, elle injurie, trépigne, vocifère. Ibiza, ex-amant et majordome conspirateur, n'a pas un sou de côté et tente de soutirer son magot. L'infirmière à tout faire, amatrice de bijoux, tue le temps. Quant à Juan Perón, il reste coi dans sa migraine. La « mère des humbles » s'en sortira par un ultime artifice et offrira un corps au fétichisme populaire pour permettre aux caciques de gouverner sur son cadavre.
Hystérie burlesque
Dans cette satire fantasque et lucide des mascarades du pouvoir, Copi use du travestissement comme transgression. Il rince les personnages de toute psychologie et en fait des pantins de théâtre capables de tout : des monstres corrompus jusqu'à la moelle qui portent beau les masques ignominieux de la comédie humaine. Pas étonnant que le texte fit scandale en Argentine où il fut illico proscrit, mais aussi en France : à sa création en 1970 par Alfredo Arias, un commando avait envahi l'Epée de Bois pour interrompre les représentations. Marcial Di Fonzo Bo, fin connaisseur de l'œuvre de son compatriote et neveu de Facundo Bo, qui avait créé le rôle en 1970, avait déjà monté la pièce avec des acteurs chiliens en 2001. Il la reprend avec, cette fois, une distribution franco-argentine et en endossant les robes d'Eva. Sur le plateau, gardé par une rangée de barbelés, il cavale à tue-tête du lit à la garde-robe, virevoltant en corset rose et tutu blanc parmi les frous-frous de la convoitise des uns et des autres. Les interprètes ne mégotent pas leur énergie et pimentent le burlesque de quelques accessoires provoc, tels que les jarretelles et talons aiguilles que porte Pierre Maillet pour jouer la mère, ou le phallus postiche d'Elise Vigier, l'infirmière. La mise en scène, crue et pathétique, parvient à tenir l'exacte distance entre folie et tragédie. On oscille entre l'effroi et le rire. Jusqu'au vertige.
Gwénola David
Source Externe : La Terrasse Fev 2006.
Inséré le : 02/02/2006 00:00