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Des poupées à la baguette. Toc en Avignon. Avignon 2005.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Gisèle VIENNE chorégraphe-interprète

Texte : Des poupées à la baguette
Conçues comme un diptyque, les deux propositions de Gisèle Vienne explorent un univers totalement fantasmagorique. La différence entre les deux pièces tient peut-être au lieu. Une belle enfant blonde offre le cadre tout spartiate des maisons d'éducations pour jeunes filles un peu old school. Le plateau rassemble une dizaine de poupées articulées au corps de jeunes filles d'une douzaine d'années rivées sur une belle enfant blonde (la danseuse sublime Anja Röttgerkamp), un personnage improbable et trans-genre (Jonathan Capdevielle) et la maîtresse des lieux Catherine Robbe-Grillet, lectrice de Denis Cooper, peu avare de ses propres confessions. Sans faire d'histoire, ce ménage à trois se raconte sereinement en jetant, par petites touches, le trouble. Elégant. Rien à voir (en apparence) avec I apologize, no man's land propice aux décharges impulsives d'un ado post-pubère (Jonathan Capdevielle) complètement addict des mêmes poupées (une vingtaine, cloîtrées chacune dans des caisses de bois). Le road movie mental du garçon croise la route d'icônes trash (le dessinateur néo-punk Jean-Luc Verna, la danseuse Anja Röttgerkamp de retour, l'écrivain Denis Cooper, lecteur en live de ses textes) venus brouiller les pistes à mesure que l'electro trash de Peter Rehberg sature l'espace blanc. Terrifiant. Avec ce diptyque halluciné, Gisèle Vienne fascine par sa maîtrise des codes (narratifs, visuels), par sa facilité à déconstruire l'ensemble pour suggérer le basculement, la perte qui accompagne son érotisme. La chorégraphe crée ainsi un hors champs inquiétant : des voilettes qui masquent l'action centrale dans Belle Enfant Blonde, des regards et des cris étranglés vers un espace invisible pour le public dans I Apologize. Elle brouille sa narration en inversant les rôles, en multipliant les fausses pistes, en disséminant les signes d'une action échappant au spectateur (le cou déjà tranché dans Belle enfant blonde, le plateau déjà souillé dans I Apologize. Elle dilate le temps ou l'accélère par le seul jeu des déplacements et gestes, ralentis ou saccadés, elle se joue des corps en contraignant ses poupées à des poses réalistes, à la fois croupes sans vie et objets de désir, mannequins d'enfants lascifs, finalement éloignés des poupées sages d'un Bernard Faucon (voir son album de photos sépia Les grandes vacances qui rappelle pourtant Vienne). Loin d'investir des sujets inconnus (Bataille, l'érotisme, la mort, etc.), Gisèle Vienne nous en propose une lecture personnelle. A mille lieux des titres apaisants de ces deux spectacles.

Laurent Geffroy
François Olislaeger




Source Externe : Toc en Avignon. Avignon 2005.


Inséré le : 23/01/2006 00:00