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Théâtre de la Bastille

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Les enfants se sont endormis


21 SEPT > 02 OCT
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D'après La Mouette de Anton Tchekhov. Spectacle en espagnol surtitré en français

Spectacle accueilli avec le Festival d'Automne à Paris.

Personne ne monte des auteurs aussi renommés que Tchekhov ou Ibsen comme Daniel Veronese. En connaisseur averti et délicat, ce metteur en scène argentin introduit de subtils dispositifs qui éclairent ce théâtre d’un jour nouveau. Partant de textes archi-connus, il en donne une lecture inédite toujours stimulante et en souligne l’acuité la plus contemporaine. Le développement de la civilisation à venir, d’après Maison de Poupée, situe Ibsen dans un monde où le cinéma de Bergman coexiste avec les telenovelas. De même avec Les enfants se sont endormis d’après La Mouette de Tchekhov, Veronese met à jour le déni, l’indifférence, la part occultée par l’habitude et la banalité du quotidien à travers le portrait d’un groupe de personnages, qui préfèrent ne pas se comprendre plutôt que d’affronter des questions dérangeantes.

Hugues Le Tanneur

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Les enfants se sont endormis [intégral]

Daniel Veronese ne se contente pas de monter des textes du répertoire. Ce qu’il propose à partir d’Ibsen ou de Tchekhov ce sont de véritables créations. Le texte est pour Daniel Veronese quelque chose qui doit être interrogé. En abordant une pièce de théâtre il commence par en creuser le contenu, à mettre le texte à l’épreuve en le confrontant à d’autres textes, mais aussi en lui faisant passer le test de l’époque. Qu’est-ce qui nous parle aujourd’hui chez Ibsen ou chez Tchekhov ? Que nous disent-ils à nous qui vivons au début du XXIe siècle ? Qu’avons-nous à apprendre de ces auteurs du passé ? Daniel Veronese agit en archéologue, ce qu’il découvre et expose à la lumière du jour apparaît d’autant plus nettement sous cet éclairage que sa confrontation avec l’atmosphère contemporaine ne le réduit pas en miettes. C’est un travail d’orfèvre, d’autant plus délicat qu’il s’appuie sur une précision diabolique. « Quand j’aborde une ½uvre comme Maison de poupée ou La Mouette j’ai tendance à la synthétiser, à en garder l’essentiel, le noyau dur. Dans Maison de poupée, par exemple, il y a la maladie du docteur Rank pour laquelle Ibsen ne donne aucune explication à part ce sous-entendu comme quoi il s’agirait d’un mal lié à la vie licencieuse de son père. Une maladie honteuse en somme. Il y a là, en quelque sorte, un message d’Ibsen à ses contemporains qui n’a rien à voir avec ce dont il est question dans le reste de la pièce. Très vite j’enlève ce genre de passages et d’allusions pour aller à l’essentiel. Du coup je suis confronté à un autre problème qui est de garder une cohérence dramaturgique forte. Dans le spectacle, chaque seconde doit exister en relation avec la trame générale. »
Ce souci omniprésent dans le théâtre de Daniel Veronese explique la densité et l’inventivité si attachante qui animent ses créations. On y sent à quel point jouer c’est animer une flamme, faire exister une force invisible. Une alchimie qui doit beaucoup à la direction d’acteurs et à la qualité des comédiens, mais qui s’appuie aussi sur une forme de distanciation vis-à-vis du texte original. Distanciation due notamment aux frottements introduits par le metteur en scène quand il confronte le texte original avec un autre texte. À l’origine Daniel Veronese souhaitait monter Maison de poupée et Hedda Gabler comme s’il s’agissait d’un texte unique, par exemple. Il y a renoncé pour finalement présenter les deux pièces dans un même décor comme en vis-à-vis. Pour La Mouette, il a pensé à Hamlet, frappé par les coïncidences entre les deux pièces. « J’ai vraiment besoin de ce travail préalable de mise à l’épreuve des textes et de confrontation pour que la représentation devienne plus fluide, pour que l’information circule de la façon la plus naturelle possible. Mais n’est-il pas évident que Treplev se réfère lui-même à Hamlet dans La Mouette ? N’est-il pas lui-même une version d’Hamlet ? Sa mère est amoureuse d’un homme qui n’est pas son père, par exemple. Et il monte lui aussi une pièce de théâtre dans la pièce. C’est quand même incroyable la façon dont ces thèmes se répètent chez Shakespeare et chez Tchekhov. Je ne sais pas encore ce que je vais faire avec cette confrontation entre les deux textes. Mais ce dont je suis sûr, c’est que quelque chose va se passer à partir de ça. »

Hugues Le Tanneur

Réalisation +
Texte et mise en scène Daniel Veronese
Avec Claudio Da Passano, Maria Figueras, Berta Gagliano, Ana Garibaldi, Fernan Mirás, Osmar Nuñez, Maria Onetto, Carlos Portaluppi, Roly Serrano, Marcelo Subiotto
Assistante à la mise en scène Felicitas Luna
Scénographie Alberto Negrín

ProductionSebastián Blutrach
Production déléguée en France Festival d'Automne à Paris
Coproduction Teatro San Martin (Buenos Aires), Festival d'Automne à Paris, Théâtre de la Bastille
Manifestation organisée dans le cadre du Tandem Paris – Buenos Aires mis en œuvre par l'Institut français et la Ville de Buenos Aires, et soutenu par la Ville de Paris, le Ministère des Affaires étrangères et le Ministère de la Culture et de la Communication